mercredi 13 décembre 2017

Ruine, de Tillie Cole



Éditeur : Milady
Date de parution : 4 décembre 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 442
Prix : 16,90 euros


Quatrième de couverture :  
Kisa est la fille du chef de la mafia russe de New York qui tient le Donjon - un ring clandestin - et la fiancée d'Alik, un tueur endurci. Un jour, elle croise par hasard un sans-abris couvert de tatouages et de cicatrices qui éveille en elle des sentiments inconnus. Quelque temps plus tard, elle le revoit en train de combattre au Donjon. Alors qu'il sème la peur et la mort sur son passage, Kisa brûle de désir pour cet homme que tout le monde appelle Ruine. Mais celui-ci poursuit un but ignoré de tous : il recherche celui qui lui a volé sa vie et souhaite assouvir sa vengeance qu'il attend depuis de trop longues années...


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Ma note : 8,5/10

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Mon   avis :

"Ils étaient destinés de toute éternité à se rencontrer : un garçon et une fille, deux cœurs coupés en deux, envoyés, chacun de leur côté, en des contrées perdues, car Dieu voulait s'assurer que l'amour vrai résiste bien à l'épreuve. Mais un jour, tandis qu'ils s'y attendaient le moins, le hasard les met en présence l'un de l'autre. Se reconnaîtront-ils ? Et, si oui, retrouveront-ils le chemin de l'amour ?" - Ruine, T. Cole


Ce roman n'est pas passé loin d'être un coup de cœur. Ceux d'entre vous qui me suivent depuis un moment savent pourtant que les ouvrages estampillés "new adult" ou encore "dark romance" ne sont vraiment pas ma tasse de thé ! Je n'aurais jamais porté mon choix sur ce livre si la quatrième de couverture n'avait pas été si alléchante. Je cherchais un bouquin qui tente de nous retranscrire une histoire dure, de celles qui nous font frissonner d'angoisse devant la nature sombre et parfois profondément mauvaise de l'Homme. C'est également un des premiers ouvrages que je croise et qui tente une incursion dans le milieu de la mafia russe. Bref, j'ai tenté ma chance et je n'ai pas été déçue, bien au contraire ! "Ruine", premier tome de la saga des "Les écorchés" de Tillie Cole, m'a fait passer par une multitude d'émotions grâce à son histoire d'une noirceur terrible, servie par deux personnages principaux des plus touchants.

Cette lecture s'est révélée hautement addictive. Dévoré en à peine quatre jours, "Ruine" est une petite pépite à l'état brut. Il est à réservé à un lectorat avisé car on y trouve plusieurs scènes très difficiles à supporter, aucune violence n'est épargnée aux personnages et les détails pullulent pour nous plonger dans cette ambiance malsaine. Là où cela me déplaît habituellement, je n'en ai pas été gênée ici puisque ces moments cruels, voire choquants, n'étaient pas inutiles à l'intrigue. Ils la soutenaient, poussaient les personnages dans leurs retranchements et le lecteur par la même occasion. Dans l'adversité, j'ai découvert Kisa et Ruine, deux diamants bruts, deux âmes-sœurs... Car, au-delà du sang et du malheur, nous assistons à une sublime histoire : celle de la destinée de deux âmes-sœurs qui se retrouvent après des années passées loin l'une de l'autre. 

Si l'une d'elles m'a le plus marquée, il s'agit bien sûr de Ruine. Vous ne pourrez que l'aimer malgré sa froideur initiale, ses manières sauvages et brutales, ses tatouages, ses cicatrices et son regard fuyant qui trahissent toutes les années de torture aussi bien physiques que mentales qu'il a subies. Les flash-back sont bien amenés, incorporés dans la narration avec subtilité : ils sont d'une qualité certaine et permettent de nous faire prendre conscience qu'il s'agit d'un colosse aux pieds d'argile, le faisant passer du statut de bête sanglante à celui d'homme brisé cherchant désespérément à se raccrocher à quelque chose, la vengeance, avant qu'il ne trouve la lumière d'un phare dans la nuit de son existence torturée. Certains penseront que c'est de la pitié que nous ressentons et qui nous pousse à nous attacher à lui, pour ma part je dirais que c'est sa fragilité derrière le masque bestial de tueur qu'il a dû porter si longtemps pour survivre qui m'a touchée et m'a fait baisser la garde. C'est typiquement le genre d'évolution que j'aime, trouver détestable un personnage dès les premières lignes puis le découvrir et m'y attacher... Cela me fait toujours pensé à cette citation : "Au moment où je comprends véritablement mon ennemi, où je le comprend assez pour le vaincre, alors, à ce moment même, je l'aime également." - La stratégie Ender, Orson Scott Card. Indéniablement, Ruine restera mon chouchou de cet opus...

Quant à Kisa, de prime abord on pourrait croire qu'elle souffre du fameux syndrome de "la demoiselle en détresse", cette atteinte pathologique hautement courante dans de nombreux romans "new adult" et qui transforme toutes les nanas dignes de ce nom en pauvres dindes mielleuses qui ont besoin d'un prince charmant (de préférence baraqué et riche tant qu'on y est à faire notre liste au Père Noël) pour les aider dès qu'elles se cassent un ongle. Pour être honnête, la passivité de Kisa peut agacer mais si on essaye réellement de se mettre à sa place, on finit par se rendre compte qu'elle est bien plus forte qu'il n'y paraît. Après tout, elle fait ce qu'elle peut pour survivre dans cet univers qui est le sien : elle sacrifie sa liberté pour faire ce qu'on attend d'elle en tant que bonne future épouse de la mafia russe de New York, la Bratva. Alors qu'initialement c'était bien Kisa qui m'avait énervée à rester si peu combattive face à la violence d'Alik, son fiancé et futur numéro Un de la Bratva, je me suis finalement aperçue que c'est davantage l'inaction de son paternel devant les supplices infligés à sa fille qui ne collait pas... Elle est une femme battue et pire même, tout le monde le sait, tout le monde le voit et pourtant elle n'est pas protégée par son père alors même qu'il est le chef de l'organisation et que la famille est censée être sacrée dans ce milieu ? Suis-je la seule à trouver ça louche ? Ce non-sens est d'autant plus flagrant quand on arrive à la fin du roman... Je n'en dirais pas plus, mais je classe ceci comme le plus gros défaut de cette histoire, sa principale incohérence.

L'histoire en elle-même importe peu, elle n'est qu'un prétexte : la vengeance de Ruine face à ceux qui l'ont accusé et expédié dans un goulag, prison où des adolescents sont forcés de se battre à mort et entraînés à devenir des tueurs sans passé, passe vite au second plan. Elle est omniprésente dans l'esprit de Ruine, certes, mais elle n'est pas la véritable pierre angulaire du récit qui désire nous parler d'amour inconditionnel et de rédemption. C'est à cause de la façon dont ces thèmes sont traités que je suis passée à côté du coup de cœur... En effet, même si l'auteur réussit un formidable tour de passe-passe en rendant addictif une histoire au rythme trop soutenu et d'une prévisibilité déconcertante, elle reste dans le classique : je t'aime, je te protègerai envers et contre tout (et puis après on fera des galipettes à s'en cramer le squelette...). J'aurais tellement voulu "autre chose"... Qu'on ne s'arrête pas à cela, qu'on n'assiste pas seulement à la renaissance de Ruine et la reconquête de son identité perdue, mais qu'on participe à sa réadaptation après tous les évènements insoutenables qu'il a pu traverser. Cela aurait mérité qu'on prenne le temps de laisser évoluer le personnage, qu'on ne précipite rien en enchaînant des chapitres convenus. Bref, je voulais de la profondeur.  Était-ce trop demandé pour un roman de "dark romance" ? Sans doute...

Dernier détail, je n'avais jamais eu l'occasion de lire un roman de Tillie Cole avant et je dois admettre que j'ai plutôt apprécié sa plume. Par contre, les constantes simplifications de la forme négative (faut croire que le "ne" n'a jamais servi qu'à faire joli dans "ne...pas") ne sont pas du plus bel effet et paraissent très artificielles : je me suis même demandée s'il ne s'agissait pas d'un défaut de traduction pour rendre les dialogues plus naturels... Dans tous les cas, c'est raté !


En conclusion, ce premier tome de la saga "Les écorchés" vous fera passer une bonne lecture si vous savez à quoi vous attendre en commençant à tourner les pages de ce roman. Ne vous y tentez pas si vous êtes une âme sensible, certaines scènes sont très visuelles et les évènements qui ont lieu au cours du récit peuvent choquer par leur violence. Pour les autres, je ne peux que vous recommander "Ruine" tant l'histoire qu'il conte de deux âmes-sœurs destinées à s'unir malgré les épreuves y est à la fois belle, dure et touchante.

Dernier détail, rendez-vous le 24 janvier en librairie pour découvrir le tome 2 intitulé "Tourmente" : cette fois-ci, le récit s'attardera sur Talia, un des personnage secondaire de "Ruine" et un certain 221.



Points positifs :
  • Une histoire addictive. 
  • Deux personnages principaux très touchants, attachants. 
  • Une peinture plutôt pas trop mal réussie du monde de la mafia russe. 
  • Enfin une dark romance où le sexe, la violence et autres joyeusetés ne sont pas là que par obligation mais bel et bien pour soutenir l'univers et le récit.

Points négatifs :
  • Un ensemble trop convenu, dont on connait le dénouement avant même de commencer notre lecture. 
  • Trop peu de rebondissements. 
  • Un manque de profondeur, le timing est serré pour faire tenir toute l'histoire dans un seul roman et cela oblige à faire des concessions dans le traitement de l'évolution des personnages, aussi torturés soient-ils.
  • Une héroïne passive, qui se laisse un peu trop porter par les évènements. 
  • Au niveau de l'écriture, l'oubli constant du "ne" des formes négatives.



lundi 11 décembre 2017

Colorado Kid, de Stephen King



Éditeur : J'ai lu
Date de parution : 1 novembre 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 154
Prix : 5 euros


Quatrième de couverture :  
Pour deux vieux busards du journalisme tels que Dave Bowie et Vince Teague, la présence dans leur petit hebdomadaire local de la ravissante Stephanie McCann est un bain de jouvence. Et comment donner plus sûrement à l'exquise stagiaire l'envie de rester, si ce n'est en lui révélant l'insoluble énigme qui les tenaille et qu'ils gardent jalousement depuis vingt-cinq ans ? Cet homme retrouvé sur une plage, mort dans des circonstances insolites et inexplicables, livrera-t-il son secret à la jeune fille happée par cette histoire.
 


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Ma note : 7/10

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Mon   avis :

"Le problème, c'est qu'il y a les histoires que les gens aiment raconter, 
et celles que les gens aiment entendre." - Colorado Kid, S. King


Cette réédition est une bénédiction pour tous les amateurs du maître de l'horreur ! Cela faisait des années que ce court roman de Stephen King, qui s'apparente d'ailleurs davantage à une nouvelle qu'à un véritable roman vu sa longueur, n'était plus disponible et était vendu à prix d'or par les petits malins qui possédaient la seule édition française alors épuisée. Je n'avais donc jamais eu l'occasion de découvrir cet ouvrage, dont j'avais toujours entendu dire qu'il était très différent de ce à quoi nous avait habitué cet auteur... Aujourd'hui que c'est fait, je ne peux que confirmer : "Colorado Kid" est réellement à part dans son univers narratif, ce qui n'a pas été pour me déplaire.

Bien sûr, on retrouve le style toujours aussi soigné. Les personnages bénéficient d'une solide construction : quelles personnalités aux reliefs rocailleux que ces deux journalistes usés par le temps et les faits divers qui ne laissent aucun souvenir, alors que de vrais mystères les hanteront jusqu'au bord de la tombe... Vince et Dave sont âgés et le gamin du Colorado trotte dans leurs esprits malgré les années qui passent et les rides qui se creusent. Pourtant, ce n'est pas une "bonne" histoire cette découverte d'un cadavre arrivé là on ne sait pourquoi, mort dans des circonstances étranges et dont rien ne peut expliquer la présence sur leur petite île perdue du Maine.

Ce récit d'un mystère insoluble est la pierre angulaire du roman. Stephen King s'en sert habilement pour nous montrer l'art de raconter une histoire et, même plus, de la choisir afin qu'elle soit de celles qui satisfassent le lecteur. On assiste donc à une réflexion efficace et poussée sur l'acte d'écriture, démonstration qui interpelle quant à notre intérêt à lire une histoire et sur ce que nous y cherchons réellement. A certains passages, j'ai presque eu le sentiment que nous étions à cheval sur l'essai littéraire, tant on sent que l'auteur désire décortiquer ce qu'est un "bon mystère", celui qu'on raconte et qui aime être entendu.

Au-delà de cet aspect littéraire, on assiste également à un récit transgénérationnel sur le legs des connaissances et des expériences. J'ai aimé observer la relation entre Stephanie, jeune étudiante venue faire son stage dans cette petite île perdue, et les deux vieux journalistes qui ont de la bouteille comme on dit. Plus que l'histoire du "Colorado Kid", je retiendrai ces personnalités pleine d'aspérités et tellement attachantes avec leur franc-parler et leur volonté de transmettre plus qu'une simple histoire...


En conclusion, Stephen King change totalement de registre et se plonge dans un roman aux allures de nouvelle. On apprécie le jeu avec le mystère et ce qu'il dégage, même s'il nous laissera fichtrement frustré avec toutes les réflexions qu'il engendrera. Avec le recul, je me dis que c'est sans doute exactement ce que voulait nous faire partager l'auteur ! C'est donc indéniable, "Colorado Kid" ne fera pas l'unanimité : même si j'en ressors plutôt satisfaite, je ne le conseillerai pas car il y a bien plus de chance d'en ressortir déçu que ravi...

Petite note si vous pensiez le lire pour retrouver la série "Haven" qui s'en est (vaguement) inspiré, ce roman n'a rien à voir si ce n'est l'ambiance des mystères irrésolus : déception assurée.



Points positifs :
  • Un roman qui change des œuvres habituelles de Stephen King.
  • Une réflexion autour de la notion de mystère et des différentes réalités qu'elle revêt pour celui qui le raconte et ceux qui l'entendent. 

Points négatifs :
  • La narration assez lente, par la faute de la mise en abîme de la transmission du mystère dont il est question. 
  • Fuyez si vous aimez les enquêtes résolues ou les romans qui bénéficient d'une fin qui clôt l'histoire. 



lundi 4 décembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°23]

Coucou les p'tites plumes !

Je vous retrouve pour un point lecture de début de mois, dernier mois aussi pour 2017... Cela sera l'occasion pour moi de commencer à faire plein de changements sur le blog afin de vous proposer de plus en plus de contenu mais aussi un design plus attrayant et intuitif à partir de l'année prochaine !
En attendant ces nouveautés, je vous propose de découvrir les lectures que j'ai prévues ce mois-ci !


Ma lecture actuelle :

Il faut croire que je suis dans une période de lecture à vous arracher des larmes au coin des yeux ou, tout du moins, à ne craquer que pour les sujets difficiles... Après "54 minutes" avec le thème des tueries de masse et "13 reasons why" avec celui du suicide, voilà que je me plonge dans celui du vécu de la maladie à travers un roman young adult déjà adapté au cinéma.
Je crois qu'il ne me reste plus qu'à sortir les mouchoirs...

Dites-moi, avez-vous également des moments pendant lesquels vous ne lisez qu'un certain type de romans ? Quitte à délaisser vos genres de prédilection habituels ?



Ma lecture précédente :

Un excellent roman ! Pas un coup de cœur parce qu'il m'a manqué cette étincelle, cette émotion que le récit n'a pas déclenché que cela soit du point de vue d'Hannah ou de Clay. Jay Asher s'en sort avec brio avec ce sujet très complexe qu'est le suicide, il le traite sans jugement, sans préjugé et franchement cela fait du bien."13 reasons why" est une formidable histoire qui parle finalement non pas des évènements qui peuvent pousser quelqu'un à mettre un terme à sa vie, mais plutôt qui nous fait prendre conscience qu'on joue tous un rôle dans la vie de ceux qui nous entourent et qu'il ne tient qu'à nous de l'influencer positivement.


Mes lectures prévues ce mois-ci :





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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 27 novembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°22]

Rendez-vous habituel du lundi pour bien commencer ma semaine de lecture ! D'ailleurs, je termine doucement mon challenge du mois, fixé à 1700 pages : encore environ 200 et ce sera une réussite !


Ma lecture actuelle :

Toujours dans cette lecture, non pas parce qu'elle aurait de quelconques défauts rédhibitoires mais tout simplement parce que la semaine passée a été hyper chargée... Entre boulot et compétition, je n'ai pas vraiment eu le temps de me plonger dedans comme il aurait fallu. Je compte me rattraper dès ce soir!








Ma prochaine lecture :

Ils se disputent la place en-dessous de ma table de chevet... Vous craqueriez pour lequel ? 😊



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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



mercredi 22 novembre 2017

54 minutes, de Marieke Nijkamp



Éditeur : Hachette
Date de parution : 2 novembre 2017
Public visé : Young adult, Jeunesse
Nombre de pages : 304
Prix : 20 euros


Quatrième de couverture :  
10h08 - Kevin
Mec, il se passe quoi ?
Réponds-moi !

10h09 - Sylvia
Tyler est revenu.

10h11 - Matt
Claire j'ai trop peur.
Il tire sur les gens. Qu'est-ce que je fais ?
CLAIRE DÉCROCHE S'IL TE PLAIT !

10h27 - Autumn
Ça ne peut pas être vrai. 
Ça ne peut pas être Ty. 
Ça ne peut pas être mon frère. 

10h30 - Tyler
Aujourd'hui vous m'appartenez tous.
Aujourd'hui vous allez m'écouter.
 


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Ma note : 9,5/10

Coup de cœur
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Mon   avis :

Opportunity est une petite ville paisible, tout le monde se connait et il ne s'y passe jamais rien. Pourtant, ce matin tout a basculé. Il a suffi de cinquante-quatre minutes seulement, cinquante-quatre minutes durant lesquelles un élève a ouvert le feu sur ses camarades au lycée de la ville. Ce sont ces cinquante-quatre minutes que nous allons vivre à travers les yeux d'Autumn, Sylvia, Tomàs et Claire. Cinquante-quatre minutes dont aucun ne sortira indemne.


Ce roman, j'en entendais parler depuis longtemps sous son titre original "This is where it ends". Il m'a immédiatement intriguée, non pas que j'ai des intérêts morbides, mais le thème difficile des tueries de masse dans les lycées américains est rarement abordé en littérature. Après tout, "Rage" de Stephen King qui narrait une prise d'otages dans un lycée avait été interdit d'édition en 1999 par son auteur lui-même suite au drame de Columbine et rares sont les ouvrages qui se risquent sur le sujet depuis (on relèvera tout de même "Hate list" de J. Brown qui dément mon propos, bien qu'il s'attarde surtout sur la vie après un tel drame que sur les évènements en eux-mêmes).

Toujours est-il que j'ai tourné la première page avec un soupçon d'appréhension...qui s'est très vite dissipé ! En effet, l'intrigue se met rapidement en place et les différents points de vue sont aisés à suivre tout en sachant poser un regard singulier sur la situation en cours. Ce que j'ai particulièrement apprécié, ce sont les personnalités de ces quatre narrateurs entre lesquels nous oscillons : bien travaillées, elles nous permettent d'aborder leurs sentiments, leurs pensées ainsi que leurs réactions avec un réalisme poignant. Grâce à eux, on entrevoit les affres internes de cette période de la fin du lycée où on ne se sent plus adolescent mais pas encore réellement adulte, où les espoirs sont aussi vivaces que les doutes et où les rêves côtoient une réalité qui ne leur correspond pas toujours... Là où cela est déjà si difficile à raconter vient se mêler la fusillade, entre la terreur de ceux qui se retrouvent piégés au coeur de l'action meurtrière, de ceux qui sont proches mais pourraient s'enfuir et ceux pour qui le soulagement de se trouver loin du massacre finit par faire place à l'atroce attente et au sentiment d'impuissance.

C'est touchant, c'est dur, douloureux même... D'autant plus que tous connaissaient Tyler, le tueur, et pire qu'ils ont ou ont eu une relation unique avec lui, un lien spécifique qui les pousse dans leurs retranchements si bien qu'ils sont bientôt hantés par une interrogation : et si... Et si ils avaient été témoins de signes qu'ils n'avaient pas su interpréter, et s'ils avaient parlé de ce comportement étrange, de cette parole qui lors de ce jour-là prend tout son sens, et si... La psychologie des narrateurs est bien exploitée. J'ai adoré les flashbacks parsemés au cours du récit, ils ne font qu'accroître notre attachement aux quatre victimes que nous suivons et nous permettent de les comprendre encore davantage pour finir par nous toucher en plein cœur lorsque le roman touche à sa triste fin... Une fin complexe, douloureuse transition entre un avant et un après...

Marieke Nijkamp a su tracer les lignes d'un récit complexe avec authenticité et, le plus important selon moi, avec simplicité. Sa plume à la fois épurée et travaillée nous permet de nous laisser entraîner dans l'intrigue, de sentir peser sur nous le huit-clos tant et si bien qu'on égrène les pages comme les narrateurs rêvent de voir filer les minutes trop longues durant lesquels le massacre se perpétue... Je déplore uniquement que le style d'écriture n'ait pas été légèrement différencié entre les narrateurs car, même si cela rend l'ensemble homogène et contribue à n'en pas douter à la fluidité de la lecture, j'aurais voulu qu'on arrive à sentir la singularité de chaque personnage également dans sa façon de s'exprimer (mon côté "professionnelle de la communication" qui refait surface peut-être ?^^).

Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent... On se perd en même temps que les personnages, on partage leur peur, leurs doutes et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent lors de ces tragédies...


En conclusion, les mots ne sont pas assez forts pour dire ce que vous ressentirez lors de la lecture de ce roman. Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent...  "54 minutes" est une pépite, un véritable coup de cœur dans lequel je ne peux que vous recommander de vous perdre sans attendre. On s'égare en même temps que les personnages, on partage leur peur, leur doute et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent malheureusement lors de ces tragédies...



Points positifs :
  • Un récit simple, qui ne tombe pas dans le pathos.
  • Des personnages d'une authenticité rare pour un roman jeunesse.
  • Une façon très humaine et sans artifice de traiter un sujet dur, mais malheureusement d'actualité.
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Points négatifs :
  • Que la fin arrive trop vite en nous faisant verser quelques larmes ? Plus sérieusement, mon seul regret est peut-être que le style d'écriture n'ait pas été vraiment différent selon les narrateurs.



Ouvrage lu dans le cadre du Challenge de Mort Sûre


lundi 20 novembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°21]

Entre publications sur le blog et sur instagram, j'essaye de vous faire part de mes dernières lectures en temps et en heure. Pourtant, je ne sais pas si c'est le temps détestable qui me fait cet effet mais je me perds dans une fièvre de procrastination assez terrible depuis quelques jours... Alors entre couette, bouillotte et tasse de thé, voici mes dernières lectures !


Mes lectures actuelles :

Je mets généralement un point d'honneur à lire les romans dont sont issues des adaptations cinématographiques ou télévisuelles avant de voir ces dernières à l'écran. Et comme la réputation de cette série n'est plus à faire, je n'ai pas pu m'empêcher de craquer pour le bouquin à ma dernière sortie librairie ! En espérant qu'il tienne toutes ses promesses...








Les deux dernières semaines, j'ai lu : 

Réédité début novembre après des années passées à être vendu une petite fortune par des malins qui avait acquis la seule édition française, alors épuisée, "Colorado Kid" ravira les fans du maître de l'horreur. Ici, on change de registre : c'est l'histoire d'un mystère et là où on pense tous aimer cela, on se rend vite compte qu'il y a matière à réfléchir sur notre perception du mystérieux et nos attentes... On aimera ou on détestera, comme le dit si bien Stephen King dans la postface : "Selon que vous avez aimé ou détesté Le colorado Kid (parce que je pense que pour beaucoup de gens il n'y aura pas de juste milieu, et ça me va très bien comme ça)". Pour ma part, j'ai adoré !



Lui, c'est mon coup de cœur de novembre... 😍 Je l'attendais après une flopée critiques positives des blogueuses d'outre-Atlantique. Pourtant j'étais septique, il s'agit d'un thème particulièrement compliqué à traiter avec humanité. Marieke Nijkamp réussit cette prouesse et signe un ouvrage choc : touchant, percutant,... Inoubliable.

Premier roman de Nine Gorman, la célèbre booktubeuse, je me suis plongée dans cette lecture sans aucun à-priori. J'en ressors mitigée, ni ravie ni déçue...









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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 6 novembre 2017

Sweet, de Emmy Laybourne



Éditeur : Hachette
Date de parution : 14 septembre 2016
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 360
Prix : 15,90 euros


Quatrième de couverture :  
Madame, Monsieur,
J’ai l’honneur de vous inviter à une extraordinaire croisière de luxe à bord de l’Extravagance !
Au programme : découverte en avant-première d’un produit miracle qui vous débarrassera de vos bourrelets disgracieux. Et sans efforts !
Vous rêvez de retrouver votre taille de guêpe ? Le Solu est fait pour vous.
Le Solu n’est pas un amincissant comme les autres.
Le Solu vous fera vraiment maigrir.
Vous ne pourrez plus vous passer de lui.
Je vous le garantis.
N’attendez plus : rejoignez-nous sur les rives de Fort Lauderdale, en Floride, pour un embarquement imminent !
Au plaisir de vous aider à mincir,
Timothy Almstead, président de Solu Corporation
 


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Ma note : 7,5/10

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Mon   avis :

Vous aussi vous avez déjà fait ce rêve dans lequel la solution à vos bourrelets en trop se résumait à un simple édulcorant qui vous ferait maigrir à vue d’œil ? Alors embarquez pour une croisière inoubliable où vous serez les premiers heureux à goûter au Solu ! Le Solu, la solution à vos problèmes de poids : efficacité garantie !
C'est pour cette promesse que Viv' a réussi à convaincre sa meilleure amie, Lauren, de l'accompagner à cette première mondiale à la découverte du produit qui promet de révolutionner l'univers des régimes. A l'aise avec ses rondeurs, Lauren se retrouve sur un paquebot luxueux, entourée de richissimes clients et stars ayant hâte de tester ce produit-miracle, alors qu'elle n'a pas réellement l'intention de craquer pour cet édulcorant qui semble trop beau pour être vrai. Et si le Solu n'était pas aussi inoffensif qu'il le promet ?


Lu à la fin de l'été, "Sweet" est un roman qui m'a surprise ! La couverture est sublime, la quatrième nous appâte et nous promet de savourer un voyage dépaysant à bord de l'Extravagance. Cette croisière de luxe, nous la ferons en compagnie de Lauren et Tom. La première est une passagère pas si classique puisqu'elle n'est absolument pas intéressée par le but du séjour qui n'est autre que faire fondre ses rondeurs en un temps record ! Quant au second, Tom, il n'est autre que le présentateur, ex-enfant star, chargé de la communication autour du produit-miracle pour lequel tous se pressent à bord. Ce produit révolutionnaire, c'est le Solu. Il ferait fondre quiconque en consommerait : exclusivité mondiale à bord du bateau, il ne sera lancé dans les boutiques du monde entier qu'à la fin de la croisière qui fait office de publicité alléchante et d'avant-première hors de prix pour les richissimes voyageurs qui n'acceptent pas leurs kilos en trop.

La problématique principale de ce roman se construit donc autour de la question de l'acceptation de soi. La dualité entre Lauren et son amie Vivika est bien construite, les raisons du mal-être de cette dernière sont décrites de manière juste et universelle. Comme dans la réalité, le regard des autres est au centre de cette obsession pour sa silhouette mais pas seulement. L'auteur va plus loin puisqu'elle nous pousse à voir les personnages sous différents angles grâce à la narration à deux voix et à la place prépondérante accordée aux dialogues. Entre les regards critiques et les paroles acerbes des starlettes qui n'ont que des os à perdre et la souffrance des voyageurs en réel surpoids, le décalage est flagrant.

Étonnée au début par le style d'écriture et l'alternance entre le point de vue de Tom et Lauren, je me suis rapidement laissée embarquer dans l'histoire. Il faut dire que tout est fait pour nous prendre au jeu. Le style très vivant de l'auteur m'a immédiatement donné l'impression d'assister à une espèce de télé-réalité en format littéraire, un peu étrange me direz-vous et pourtant le dynamisme que cela insuffle aux personnages et à l'intrigue est extrêmement prenant !

L'évolution du récit où, vous vous en doutez, tout dérape puisque le Solu est loin d'être un inoffensif brûleur de graisse, permet au passage de dépoussiérer le genre de la science-fiction en donnant à "Sweet" un goût de roman post-apocalyptique très original. D'abord on se demande jusqu'où va le mal-être des passagers, puis jusqu'où ils seront prêts à aller pour avoir leur dose de Solu : l'addiction et ses effets font froid dans le dos. Même si tous ces sujets ne sont pas évoqués avec sérieux, j'ai trouvé les situations assez percutantes pour déclencher la réflexion.

Bref, j'ai dévoré ce roman ! Pour autant, j'en garde un sentiment mitigé. Cet ouvrage aurait pu récolter tous mes applaudissements si seulement il n'avait pas plongé tête la première dans les clichés des romans pour adolescents... Pourquoi, oh mais pourquoi fallait-il que nos deux protagonistes principaux nous la jouent romance au premier regard ? C'est niais, c'est cliché, c'est désespérant. Crédibilité de la groupie bavant devant son idole qui fond pour elle ? Zéro pointé. Leurs péripéties en mode "jamais sans toi" tandis qu'un chaos sans nom règne sur le paquebot ? Navrantes. (Vous l'aurez compris, si je me retrouve dans un monde dévasté, je laisse mon mec dans la mouise si c'est pour sauver ma peau ! Mais je sauve mon chat et mon chien, faut pas déconner !^^). De plus, le récit bien qu'entraînant n'est pas forcément toujours bien ficelé : on fait des allers-retours, on court à droite à gauche alors que le huis-clos aurait pu être beaucoup plus angoissant. Je vous passe les scènes où on a juste envie de secouer notre couple en carton comme un pommier tant ses réactions sont carrément improbables ! Bref, notre croisière se coule toute seule...

Dernière petite mention spéciale pour la fin que j'ai adorée ! Il fallait l'oser !


En somme, cet ouvrage est un formidable tremplin à l'idée que les solutions miracle n'existent pas et surtout que, pour être heureux, il faut savoir s'accepter tel que l'on est ! Le traitement de cet adage est d'une originalité folle et d'un frais décapant qui plaira à coup sûr aux adolescents trop souvent influencés par la mode et ses modèles irréalistes, voire dangereux. Les moins jeunes se laisseront séduire par le dynamisme de l'intrigue, son dépoussiérage de la science-fiction et la spontanéité des personnages. Si on ne cherche pas un roman tout en profondeur mais plutôt une lecture délicieuse et sans prise de tête, "Sweet" est fait pour vous !



Points positifs :
  • L'effet "télé-réalité" croustillant.
  • Un thème classique des romans de science-fiction revisité de manière très moderne. 
  • Une bonne histoire pour les adolescents sur l'acceptation de soi.

Points négatifs :
  • Des personnages stéréotypés, aux réactions ridicules et peu réalistes étant donné la situation. 
  • La crédibilité de l'ensemble.  
  • L'idée de base qui aura mérité d'être plus exploitée.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge de Mort Sûre