vendredi 17 mars 2017

Nouvelles d'un myrien : les sang-mêlés, de S. Moyon



Éditeur : Anyway Editions
Date de parution : 31 octobre 2016
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 302
Prix : 15,90 euros

Quatrième de couverture :  
La vie n'est qu'une injustice. 
Je me suis longuement interrogé sur les raisons qui faisaient que nous ne partions pas tous, dès notre venue au monde, avec les mêmes chances ainsi que les mêmes opportunités. Qu'est-ce qui fait que, parce que nous naissons différents des plus forts, nous nous retrouvons condamnés aux pires desseins ? 
Pour ma part, je suis myrien et depuis le commencement de ma pénible vie, j'ai été enchaîné à une vois que je n'ai pas choisie. Les sorciers ont-ils déjà pensé qu'aucun myrien n'avait souhaité naître myrien ? 
La scélératesse du monde me révolte et m'accable un peu plus chaque année qui passe. On m'a appris alors que tout m'était encore inconnu, que je n'avais pas le choix, que mon destin était tracé de bout en bout et que je devais me contenter de l'accomplir, sans discuter. 
J'aimerais que le destin puisse être de chair et de sang, ainsi j'irais à sa rencontre et je lui demanderais pourquoi il se complaît à se jouer de nous. 
 


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Ma note : 8/10
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Mon   avis :

Après la Grande Guerre, cette folle guerre, les sorciers sont devenus le peuple dominant. Les elfes ont été éradiqués et tous leurs pouvoirs perdus. Quant aux myriens dont l'existence est le fruit de l'ancienne union des elfes et des sorciers, ils ont payé le prix de leur sang mêlé en devenant les esclaves des vainqueurs : privés de leurs dons dès leur plus jeune âge par un sortilège de scellement, ils ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils étaient. Luhan est l'un d'eux, conjuguant sa vie de simple esclave et de perle rare avec ses yeux rouges. A la fois servile et dévoré par un désir de liberté, il est au service d'une famille de sorciers influente et réputée. L'attendait une vie parfaitement orchestrée et dont le déroulement aurait dû être écrit : naître, servir, mourir. Pourtant, Luhan sera bientôt entraîné vers un avenir qui le dépasse...


Avant toute chose, je tenais à remercier les Anyway Editions et le forum Mort Sûre pour m'avoir permis de recevoir ce roman en service-presse et d'avoir ainsi pu découvrir un univers fantasy dans lequel j'ai pris un grand plaisir à m'aventurer.


"Nouvelles d'un myrien - Les sang-mêlés" est le premier tome d'une saga fantasy, estampillée young adult. La quatrième de couverture, suffisamment travaillée pour susciter ma curiosité, m'avait intriguée par ton texte particulièrement soigné : quoi de plus plaisant que de réaliser qu'il s'agissait d'un extrait et que cette agréable plume allait nous accompagner tout au long de notre lecture !

En effet, s'il y a bien un point à mettre en exergue, c'est la formidable plume de l'auteur. D'une douceur poétique, elle sait nous faire voyager dans l'esprit de son personnage principal, nous faire partager ses pensées avec une aisance émouvante et cela qu'elles soient sombres ou pleines d'espoir. On s'attache alors à lui avec une facilité déconcertante, malgré son jeune âge qui m'avait inquiétée en début de lecture.

Il est vrai que Luhan, le narrateur, n'est pas bien imposant du haut de ses quatorze ans. Il est gauche, naïf, docile et quelque peu rêveur... Au final, Luhan est un gamin comme n'importe quel autre, qui se nourrit d'idéaux en souhaitant une liberté qui n'est qu'un vague espoir. D'abord très passif vis-à-vis de sa situation de servitude, on perçoit que les événements qu'il va vivre vont le faire grandir, évoluer : cette progression se fait sentir dès ce premier tome où elle s'effectue avec finesse, sans nulle précipitation - entraînant toutefois quelques longueurs -, ce qui ajoute à l'impression d'authenticité qui en émane.

Comme un voyage initiatique, nous découvrons une grande partie de cet univers grâce aux péripéties de Luhan. Bien entendu, les bases sont posées dans les premiers chapitres, notamment avec un prologue qui nous présente l'histoire de ce monde empli de magie à travers une évocation claire et concise de la Grande Guerre, de ses origines finalement si classiques - l'avidité de pouvoir - et des conséquences irrémédiables auxquelles ce genre de conflit finit toujours par mener. Rien de bien original en somme, mais cela n'en demeure que plus convaincant. Les chapitres suivants m'ont parfois paru un peu longs, trop linéaires, et j'admets avoir commencé à désespérer de voir surgir l'élément qui allait faire voler en éclat l'apparente routine de Luhan, ponctuée de souvenirs et d'anecdotes destinées à nous faire découvrir toutes les particularités de cet univers.

Le rythme du roman reste néanmoins un peu trop en dents de scie à mon sens. Le manque d'action m'a parfois rendue dubitative, me faisant délaisser ma lecture pendant plusieurs jours. Toutefois, les rebondissements ont été placés aux moments opportuns et ont ainsi su raviver à chaque fois mon intérêt de lectrice. Cependant, ce déroulement lent revêt une qualité indéniable : nous ne nous retrouvons jamais submergé sous une vague d'informations, ni sous le flot des personnages secondaires qui font leur apparition tout au long de ce tome.

A leur sujet et même si mon coup de cœur reste Luhan pour sa singularité de héros loin des archétypes habituels, j'ai réellement aimé chacun des autres protagonistes que nous rencontrons. Lynn a cette sensibilité sauvage qui marque, Lucille cette attention maternelle touchante, Sébastian cette résignation révoltée qui nous questionne,... Chacun permet un apport unique, un point de vue qui va permettre à notre jeune héros de se construire et de gagner en maturité ! Ainsi, même les sorciers sont marquants : les Denoir, pour ne citer qu'eux, m'ont beaucoup plu avec leur profond élitisme menant à ce violent mépris des myriens surtout exprimé par le patriarche, qui se pose en figure d'autorité impressionnante. Dans son rôle d'antagoniste, le peuple des sorciers a amené cette dose de noirceur, de cruauté parfois, que j'attendais d'un roman qui met en scène une société esclavagiste.

Ce thème est d'ailleurs plutôt bien traité ! J'avoue avoir eu quelques réticences au début de ma lecture, alors que Luhan oscillait entre révolte interne contre sa condition et fascination inavouée pour ses maîtres. En réalité, soyons honnêtes, il m'a alors profondément exaspérée et l'envie de le secouer m'a vite gagnée ! Pourtant, cette ambivalence est justifiée par son jeune âge et est très bien exploitée au final, s'étiolant au fil des événements marquants auxquels Luhan va être confronté. Le point de vue interne joue un rôle prépondérant dans le traitement de cette thématique : nous développons une empathie forte pour Luhan grâce à son caractère ingénu. Les horreurs qu'il nous conte par la suite, lorsqu'il réalise que les rumeurs à propos des traitements infligés aux autres myriens, ne peuvent que nous heurter puisque c'est à travers ses yeux d'adolescent émotif et désemparé que nous assistons à l'effondrement de ses repères. Nous réalisons aussi que la révolte que nous attendions de sa part est loin d'être aisée, ce qui est soutenu par les différents points de vue exposés par les personnages qui gravitent autour de lui et qui alimentent la réflexion. Cette mosaïque nous révèle une dure vérité : placé dans une situation inhumaine, chacun lutte à sa façon pour conserver son humanité...

Enfin, même si tous les ingrédients de la fantasy sont présents et maîtrisés, l'annonce de la prophétie m'a vraiment déçue ! A force de trop d'exploitation de ce levier dans diverses sagas, elle est devenue à mes yeux un moyen trop évident de déclencher les questionnements existentiels du héros et de le placer sur le chemin de la réalisation de sa destinée.



En conclusion, c'est un premier tome avec une saveur d'introduction que nous offre Sandra Moyon pour sa saga "Nouvelles d'un myrien". Elle pose les éléments fondamentaux de sa quadrilogie avec un tact et une fluidité qui nous permettent d'intégrer les règles et les particularités de son univers fantasy tout en douceur. Cette même force est également à mon sens la principale faiblesse de ce roman qui aura peiné à trouver un rythme suffisamment soutenu pour déclencher le coup de cœur. Néanmoins, j'espère que les prochains tomes effaceront cette impression pour nous faire progresser aux côtés de Luhan avec un dynamisme plus prompt à nous immerger dans ce qui s'annonce comme une bataille pour le plus précieux des biens : la liberté.


Points positifs :
  • Un narrateur très humain pour lequel on n'a aucun mal à développer un sentiment d'empathie. 
  • Un univers étoffé, dont on perçoit la structuration soignée et l'attention apportée à la construction de chaque protagoniste. 
  • La plume de l'auteur, à la fois fluide et poétique.

Points négatifs :
  • Un roman qui revêt un goût d'introduction. 
  • Un rythme trop inconstant, souffrant de longueurs.
  • L'éternelle prophétie dessinant la toile de fond du récit.




Ouvrage comptant pour le Challenge "Suite de séries" de Mort Sûre









lundi 20 février 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°6]

Cela fait un peu trop longtemps que je suis restée inactive ! Toutefois, pas d'inquiétude : cette pause blogesque n'a pas signifié pause livresque et c'est donc avec plaisir que je tenterai d'écrire une ou deux chroniques cette semaine afin de vous faire partager mes lectures de janvier.


Ma lecture actuelle :

J'ai reçu le roman "Nouvelles d'un myrien" de S. Moyon dans le cadre d'un service presse. Son résumé m'a séduite et je dois admettre apprécier le style de l'auteur pour l'instant. Après mes deux dernières lectures qui m'avaient déçue, c'est plutôt une bonne surprise !










La semaine passée, j'ai lu : 

Allez, j'assume... Ce roman était une erreur d'achat. Habituellement, je ne lis jamais de new romance/new adult parce que ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Là, j'ai été attirée par le concept 1 roman = 1 mois et je n'ai pas saisi l'histoire avec la quatrième de couverture très succincte. Bien mal m'en a pris ! Néanmoins, l'écriture fluide de l'auteur m'a permis de le finir et j'essayerai d'en faire une chronique dans les jours à venir.






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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


lundi 16 janvier 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°5]

Après une semaine sans nouvelle de ma part, me voici de retour avec de nouvelles lectures !


Ma lecture actuelle :


Voilà, c'est fait ! "Esprit d'hiver", de L. Kasischke, est enfin sur ma table de chevet prêt à me faire frissonner de froid et de peur sous ma couette ! Les premières pages m'ont d'ores et déjà plongées dans l'angoisse du huit clos et des pensées obsédantes de la narratrice. Désormais, il ne me reste plus qu'à me laisser happer par le froid glaçant de l'hiver.




Mes lectures prévues cette semaine : 

Alors petit blanc à ce sujet car, étant donné la semaine chargée qui m'attend, je ne suis pas certaine de parvenir à commencer un nouveau roman avant lundi prochain. Si c'est le cas, nul doute que je piocherai dans ma PAL dont vous pouvez trouver la composition dans l'onglet correspondant.

Par ailleurs, j'attends avec impatience de recevoir le tome 1 de "Nouvelles d'un myrien" de S. Moyon pour un service presse via le forum Mort Sûre.



La semaine passée, j'ai lutté pour terminer sa lecture : 

Une seule question me reste après la lecture de ce roman : comment peut-il avoir autant d'avis positifs sur Internet (babelio, amazon, etc) ?! Sans mentir, c'est le seul mystère présent autour de ce bouquin qui mériterait d'être élucidé ! "Une nuance de vampire", de B. Forrest, ne m'a clairement pas laissée indifférente, malheureusement pour lui pas dans le bon sens du terme... Entre les tournures de phrases étranges, les défauts de concordance des temps et les personnages aussi insipides que l'intrigue inexistante, je ne sais quoi en dire qui ne serait pas négatif. Je pense attendre encore quelques jours avant de rédiger ma chronique pour essayer de laisser le temps à mon ressenti de s'apaiser, mais je crains que cette nuance à la saveur amère ne finisse dans mes flops de l'année 2017. Plutôt triste comme destin quand on sait qu'elle vient tout juste de commencer... L'avantage est qu'après avoir lu ce livre, je suis presque sûre de ne pas pouvoir tomber sur pire !




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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


lundi 2 janvier 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°4]

Une nouvelle semaine commence et avec elle de nouveaux horizons de lecture...


Ma lecture actuelle :

"Une nuance de vampire", de B. Forrest, m'a interpellée à cause de l'impressionnant nombre d'avis positifs que j'ai pu trouver à son sujet. Après les fantômes, j'avais besoin de ma dose de créatures surnaturelles et les vampires semblaient être une option tentante. Néanmoins, ce livre m'a fait déchanter dès les trente premières pages au point d'avoir songé à stopper ma lecture... Pour l'instant je m'accroche en espérant qu'ils sortent enfin les crocs même si je n'espère pas devenir mordue de cette lecture !



Mes lectures prévues cette semaine : 

A croire qu'il ne veut pas quitter ma PAL... "Esprit d'hiver", de L. Kasischke, est toujours programmé... Qui sait, cette semaine sera peut-être la sienne !







La semaine passée, j'ai frissonné avec : 

"Fille des cauchemars", de K. Blake, a été ma lecture de vacances ! Avec son aspect macabre, il contrastait suffisamment avec l'ambiance festive de cette période de l'année pour me tenter. J'en ai beaucoup apprécié la lecture (cf. ma chronique) et je ne peux que vous le recommander si vous êtes fan de ce genre d'histoire hantée. Pour ma part, j'attends avec impatience la sortie du second tome en version poche pour continuer cette série.





J'ai enfin fini "L'oiseau des neiges", de T. Rees ! Une belle histoire, même si je regrette son côté trop prévisible. 






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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


samedi 31 décembre 2016

Fille des cauchemars, de Kendare Blake



Éditeur : Le livre de poche
Date de parution : 16 mars 2016 (1ère édition : 2014)
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 352
Prix : 6,90 euros

Quatrième de couverture :  
Il s'appelle Thésée Cassio Lowood. Exterminer les fantômes, c'est sa mission. Il traque, chasse, tue sans remords. Elle s'appelle Anna Korlov, « Anna à la robe de sang ». Elle extermine sans pitié ceux qui osent l'approcher. Pour lui, elle est une déesse de la mort ; pour elle, il n'est qu'une proie comme les autres. Pourtant, elle a décidé d'épargner sa vie...

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Ma note : 8/10

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Mon   avis :


A mi-chemin entre les séries Supernatural et la plus ancienne (mais non moins culte) Buffy contre les vampires, "Fille des cauchemars" nous envoie à la rencontre d'un jeune chasseur de fantômes, Cas. Dès les premières pages, nous l'accompagnons dans la traque d'un revenant pour le moins intriguant. Ici, point de fantômes sans âme uniquement présents pour faire trembler les misérables humains par des tours de passe-passe glauques : leur histoire est disséquée et c'est cet aspect qui m'a immédiatement séduite.

Cette mise en exergue de l'émotionnel des esprits dénote énormément du pragmatisme froid du narrateur. Ce contraste est d'autant plus intéressant qu'il finit presque par rendre les fantômes plus humains et touchants que Cas pourtant toujours bel et bien en vie. A travers ses yeux, nous finissons par comprendre son attitude : bien que novice, notre chasseur de fantômes compense son manque cruel d'expérience par une volonté de fer, doublée d'une quête vengeresse qui guide chacune de ses décisions. L'utilisation de la première personne dans la narration est particulièrement bienvenue car elle n'est pas qu'un effet de style, elle nous permet de mieux cerner la personnalité de Cas et tous les sacrifices qu'il consent pour mener à bien sa mission, tout en nous faisant profiter de son humour caustique. Le tout rend le personnage crédible, attachant. Malgré son caractère solitaire, n'ayez crainte d'assister à une histoire égocentriste puisqu'à ses côtés, nous découvrons toute une équipe : sa mère, sorcière férue d'herbes aromatiques, Carmel, reine du lycée, Thomas, télépathe victime, mais aussi toute une panoplie de personnages secondaires qui sont bien loin de tenir un rôle purement figuratif.

Je dois admettre toutefois avoir eu quelques sueurs froides, mais pas à cause des fantômes ! C'était davantage les lieux et personnages clichés qui faisaient leur apparition au fil des pages qui m'ont glacée, n'aurait plus que manqué le fameux bal du lycée auquel nous échappons de justesse et la boucle des éternels ressorts des ouvrages young adult aurait été bouclée... Heureusement, l'auteur a su donner une personnalité unique à chacun de ses personnages, tout en les éloignant de l'image qui leur était habituellement associée. Même s'ils auraient pu bénéficier d'une plus grande profondeur, j'ai apprécié cette attention qui nous prouve le soin apporté au traitement consciencieux de tous les protagonistes. Cet univers n'en est que plus immersif.

Bien sûr, il demeure des défauts qui ont empêché le déclenchement du coup de cœur. Parmi eux, un manque criant de fantômes : ce qui, vous l'admettrez, est un comble pour un ouvrage qui nous propose de les chasser ! De même, j'ai été agacée par quelques scènes puériles dont on aurait bien pu se passer, des clichés qui n'ont pas su être gommés, mais aussi par la certaine passivité du narrateur face aux sentiments qu'il finit par éprouver pour sa proie... Ne nous méprenons pas, j'ai été touchée par Anna, son triste passé et la violence de sa mort : cet épisode est d'ailleurs une des belles surprises de ce roman avec son réalisme et son sanglant rare dans les romans young adult. C'est avec impatience que j'attendais ses apparitions et que je brûlais d'en savoir toujours davantage sur elle, de découvrir ses réactions et de pouvoir les décrypter. J'étais aussi fascinée que Cas devant sa cruauté funèbre, son pouvoir mortel. Néanmoins, j'aurais aimé que les phases de réflexion de notre chasseur au sujet d'Anna soient plus nourries et moins redondantes, surtout quand il accepte enfin ses sentiments.

Enfin, il faut admettre que la plume de Kendare Blake permet de se laisser facilement emporter. Sa prose se lit avec facilité sans pour autant manquer de cachet. Elle l'utilise pour fonder son récit sur un rythme double, faisant se succéder les scènes d'action et les temps morts. Loin d'être de simples pauses, ces moments permettent de traiter les conséquences des actions menées, exposent les réflexions et impliquent le lecteur en nous faisant partager les craintes et les doutes de Cas. Ainsi pris dans la tourmente de la macabre révélation qui se met en place pour un final réussi, il est inconcevable de lâcher cette lecture dans les cent dernières pages.

Je n'attends désormais qu'une chose : pouvoir hanter avec délice le second tome de cette série !



Nous avons donc incontestablement un récit agréable à lire, au rythme en dents de scie mais qui sait stimuler notre intérêt et de le raviver aux moments opportuns ! En outre, il jouit d'une atmosphère teintée d'horrifique qui saura vous faire frissonner au fond de votre lit, vous plongeant dès les premières pages dans le monde fantomatique mais non moins sanglant de Cas. 

Le naturel de ce personnage, très sarcastiquement pragmatique et épousant sa destinée avec témérité, est plaisant : ce qui contribue à en faire un héros attachant. Toutefois, bien que celui-ci soit le narrateur, nous ne pouvons que féliciter la beauté cruelle d'Anna qui est, à mon sens, une véritable héroïne.  Elle est touchante, aussi bien par son passé que par sa douleur. Déesse de la mort, mais également de l'amor... Point de niaiserie dans ce premier tome de "Fille des cauchemars", l'ensemble sonne juste et son rendu harmonieux saura séduire les lecteurs désirant passer un bon moment fantastique entre Eros et Thanatos.




Points positifs :
  • Une ambiance et des descriptions sordides à vous glacer le sang. 
  • Des personnages attachants sans aucun triangle amoureux.
  • Une alternance de phases de réflexion et de rebondissements, dont ceux des cent dernières pages ne vous permettront pas de poser l'ouvrage avant de l'avoir dévoré entièrement.
  • Une fin poignante qui vous donnera envie à coup sûr de découvrir la suite !

Points négatifs :
  • Les éternelles ficelles des romans estampillés young adult...
  • Le manque d'un zeste de glauque et de réelles frayeurs pour en faire un véritable roman d'horreur.
  • Le comble : pas assez de fantômes !




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je t'aime moi non plus" de Mort Sûre







mercredi 28 décembre 2016

La maison des morts, de Sarah Pinborough


Éditeur : Milady
Date de parution : 25 octobre 2016
Public visé : young adult
Nombre de pages : 384
Prix : 16,90 euros

Quatrième de couverture :  
C'est une maison sur une île déserte où des jeunes attendent de savoir s'ils vont mourir. Arrachés à leur famille à la suite d'un diagnostic, ils vivent dans la crainte du moindre symptôme, car alors on les emmènera en pleine nuit au sanatorium d'où personne ne revient. Au dortoir 4, Toby et ses copains trompent l'angoisse comme ils peuvent, repliés sur leurs souvenirs d'avant la condamnation à mort. Jusqu'au jour où l'arrivée d'une nouvelle patiente va tout changer et redonner brusquement à Toby une raison de profiter de chaque jour et même d'espérer. Car on va tous mourir un jour ; ce qui compte, c'est comment on choisit de vivre.

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Ma note : 6,5/10

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Mon   avis :

Un diagnostic change la vie de Toby : suite à un test, il est déclaré Déficient. Il est alors conduit sur une île isolée où d'autres enfants et adolescents attendent comme lui que la maladie se déclare et les conduisent jusqu'au sanatorium, lieu inconnu d'où seules les infirmières reviennent... C'est dans cette atmosphère terne qu'une étincelle de vie fait soudain son apparition avec l'arrivée de Clara. Elle aussi est Déficiente et pourtant si différente de Toby avec ce sourire qui ne la quitte pas. Apprendre à la connaître fera naître en lui des émotions qu'il n'osait plus éprouver. Lueur d'espoir ou leçon de vie, bien des choses changeront dans la maison des morts...


"La Maison des Morts" est un roman dont je ressors avec une impression en demi-teinte. Toutefois, avant de vous partager mon ressenti, mieux vaut commencer par le commencement ! Ce qui m'a séduite au premier abord, c'est le splendide livre-objet que constitue cet ouvrage : il dispose d'une couverture cartonnée, brillante avec des reflets métallisés et d'une tranche noircie qui lui donnent un charme certain. Puis, réflexe de lectrice aguerrie, j'ai immédiatement découvert la quatrième de couverture : avec son ton intriguant, elle laissait présager une histoire sombre, flirtant avec le registre de l'horreur (et la petite mention de Stephen King ne m'a pas laissée indifférente, je dois l'admettre). Après tout, qu'attendre d'autre d'un récit qu'on vante en termes de "condamnation à mort", "sanatorium,...

Que dire si ce n'est que j'ai été prise à contre-courant ! En effet, point d'horrifique dans ce récit. Bien entendu, nous avons le droit à une atmosphère pesante et angoissante, de toute manière comment y échapper lorsque les protagonistes ont une lourde épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Atteints d'une pathologie incurable, tous ont été détectés comme Déficients et emmenés de force dans une sombre bâtisse où ils attendent la mort. Flotte dans l'air un parfum de résignation, la plupart d'entre eux ont passé le stade du doute, de l'espoir ou de la colère et, bien que cela puisse être déstabilisant pour le lecteur qui débarque dans cet univers, cette situation acceptée par tous permet de nous présenter les personnages avec simplicité.

Le souci est que cette simplicité s'apparente à un style de roman jeunesse dans la prose de l'auteur, ce qui m'a particulièrement gênée au début de ma lecture. Nous nous trouvons dans un roman "young adult", mais il n'y avait point besoin que cela ressorte tant. Dans le premier tiers du roman, cette écriture est bien trop dépourvue d'un véritable panache qui la rende unique. Les quelques séquences de fantasmes décrits dans un tout autre registre dénotent de l'ensemble et on ne sait qu'en penser. Heureusement, ce défaut disparaît au fur et à mesure que les pages s’égrainent. Je me suis interrogée : s'agissait-il d'une volonté de mettre en parallèle l'évolution du style avec la prise de conscience de Toby, le personnage principal ? Peut-être qui sait...

Par ailleurs, Toby est sans doute une des grandes forces de ce roman. Bien qu'il n'ait rien du héros traditionnel et puisse même se révéler plutôt agaçant de prime abord, il a saisi les enjeux de sa présence dans cette maison qui n'est autre que sa dernière demeure et il est de ceux qui sont résignés à leur sort. Ce renoncement peut surprendre, voire révolter le lecteur. Personnellement, je suis passée par ces deux émotions : que des enfants et adolescents puissent accepter si facilement une fin aussi cruelle, enfermés dans une demeure sordide et loin des leurs, m'a paru impensable surtout lorsqu'il n'est décrit aucun système de sécurité ni même de sanction en cas de rébellion (du moins si on exclut la rumeur d'une condamnation directe au sanatorium, et là encore un bruit de couloir calmerait-il tout un troupeau qu'on envoie à l'abattoir ?). Dans tous les cas, cette passivité ne peut qu'interpeller et là réside la savante réussite de ce récit.

Nous hurlons de tant de docilité et de froideur, puis vînt une étincelle de vie dans ce paysage de désespoir à peine voilé : un rayon de soleil prénommé Clara. Seule la mort les libérera tous de leur Déficience, Clara leur apprendra à tous que c'est le choix de continuer à vivre qui les libérera de leur destin. Sa déclaration sonne comme un message d'espoir, une lueur au bout du profond tunnel dans lequel tous s'enfonçaient sans broncher. La Maison des Morts reprend vie avec ses sourires. Son énergie est belle, j'oserais presque dire pure. Nous assistons à des renaissances malgré la faucheuse qui rôde, à des pieds de nez à cet avenir tout tracé aussi... Comme le disait parfaitement R.L. Stevenson, "l'important n'est pas la destination, c'est le voyage". Cette citation illustre à elle seule tout ce que l'histoire d'amour entre nos deux personnages principaux va offrir à nos yeux de lecteurs émotifs : celle-ci est mise en place avec tact et son évolution est très bien maîtrisée, ce qui ne la rend que plus crédible. Et croyez-moi, même lorsqu'on déteste les romances, on ne peut rester insensible devant la beauté de celle qui va les unir à la vie, à la mort...

Vous l'aurez compris, c'est finalement une leçon de vie qu'on nous propose avec ces expériences rudes mais aussi douces et frivoles. L'ambiance se détend et on a presque l'impression de voir cette foi en la vie briller dans leurs yeux tandis que les nôtres se rempliront de quelques larmes... La vie n'est pas un long fleuve tranquille, nous ne le savons que trop bien et ce roman n'est pas là pour le nier.

Je ne m'attarderai pas sur les personnages secondaires bien que certains soient touchants. C'est le cas de Will qui m'a régulièrement donné des pincements au cœur pendant ma lecture. Si jeune et innocent face à une situation qui le dépasse, je me suis laissée émouvoir. Cependant, je dois dire que j'ai été globalement déçue par les autres protagonistes gravitant autour de Toby et Clara. En effet, on retrouve beaucoup de personnalités-types : la brute, l'intellectuel, le naïf et même le fervent croyant. Un peu facile à mon goût, sans compter que ce découpage est bien trop stéréotypé pour être honnête. Quant à leur flagrant manque de volonté à en savoir plus sur leur demeure-prison, il est navrant.

Enfin, même si j'ai fait le deuil de mon histoire à frissons, j'ai un immense reproche à faire à ce roman : il manque de rythme. Point de péripéties inattendues, point non plus de révélations abominables sur ce fameux sanatorium dont on nous rabat pourtant les oreilles dès le premier chapitre. Rien. L'ensemble est finalement calme, la trame suit son cours sans accroc rendant le tout très convenu. On devine aisément les pseudo-rebondissements qui nous sont servis pour finir par devenir spectateurs d'une romance tranquille dont on devine aisément le final douloureux.



En conclusion, "La Maison des Morts" se révèle être une belle histoire d'amour, une esquisse d'un choix de vie et d'une envie de vivre aussi. Bien que l'ambiance soit oppressante au possible et qu'on dispose d'un personnage principal convaincant, j'ai éprouvé quelques difficultés à me laisser emporter dans cette demeure dont on ne sait finalement rien. Lorsqu'on est une grande curieuse comme moi, cela déplait de voir tant de mystères inexploités et de non-dits pesants. Bien sûr, la romance sauve l'ensemble avec une authenticité profonde qui fera verser une larme aux fleurs bleues.

Il faut néanmoins reconnaître que ce roman fait un pari audacieux mais réussi. Il nous rappelle avec finesse que nous sommes tous en sursis et qu'il ne tient qu'à nous de donner une saveur particulière à chaque seconde, d'en faire un instant mémorable pour lequel notre vie aura valu le coup d'être vécue. Carpe diem, voilà la grande morale de cette Maison des Morts...




Points positifs :
  • Un récit émouvant, qui saura ravir tous ceux qui sont sensibles aux douces romances...
  • Une justesse dans la progression de l'histoire et des sentiments des personnages qui est d'une beauté certaine.

Points négatifs :
  • Un style un peu trop orienté "jeunesse" au début de l'ouvrage.
  • Beaucoup trop de zones d'ombre et d'éléments inexploités, alors même que le dénouement est trop aisément devinable. 
  • Des personnages qui revêtent des personnalités-type. 
  • La fausse promesse d'horreur de la quatrième de couverture qui peut vous laisser un goût amer.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je t'aime moi non plus" de Mort Sûre







lundi 19 décembre 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°3]

Une nouvelle semaine commence et avec elle de nouveaux horizons de lecture...


Ma lecture actuelle :


"L'oiseau des neiges", de T. Rees, n'est toujours pas achevé. Pour l'instant, j'aime beaucoup son ambiance (l'époque y est pour beaucoup) même s'il présente une trame et des "rebondissements" trop prévisibles...






Mes lectures prévues cette semaine : 

Je vous en avais déjà parlé la semaine passée mais il est vrai que je n'ai finalement pas eu le temps de découvrir "Esprit d'hiver", de L. Kasischke. J'espère bien en avoir l'occasion cette semaine, dès que mes vacances auront pointé le bout de leur nez !





La semaine passée, j'ai rêvé avec : 


Je vous en ai déjà dit un mot lors de mon précédent billet et me ferait une joie d'en dire un peu plus dès lors que j'aurais le temps de vous faire un petit récapitulatif des livres à avoir chez soi à la période des fêtes !





Voici une lecture qui n'était absolument pas prévue ! C'est pour mon job que je m'y suis mise et j'avoue avoir été un peu déçue : je pense que cet ouvrage est trop peu exploité pour être considéré plus qu'une annexe à la saga principale de l'auteur, j'aurais tant aimé y voir plus d'originalité...






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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?