mercredi 13 décembre 2017

Ruine, de Tillie Cole



Éditeur : Milady
Date de parution : 4 décembre 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 442
Prix : 16,90 euros


Quatrième de couverture :  
Kisa est la fille du chef de la mafia russe de New York qui tient le Donjon - un ring clandestin - et la fiancée d'Alik, un tueur endurci. Un jour, elle croise par hasard un sans-abris couvert de tatouages et de cicatrices qui éveille en elle des sentiments inconnus. Quelque temps plus tard, elle le revoit en train de combattre au Donjon. Alors qu'il sème la peur et la mort sur son passage, Kisa brûle de désir pour cet homme que tout le monde appelle Ruine. Mais celui-ci poursuit un but ignoré de tous : il recherche celui qui lui a volé sa vie et souhaite assouvir sa vengeance qu'il attend depuis de trop longues années...


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Ma note : 8,5/10

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Mon   avis :

"Ils étaient destinés de toute éternité à se rencontrer : un garçon et une fille, deux cœurs coupés en deux, envoyés, chacun de leur côté, en des contrées perdues, car Dieu voulait s'assurer que l'amour vrai résiste bien à l'épreuve. Mais un jour, tandis qu'ils s'y attendaient le moins, le hasard les met en présence l'un de l'autre. Se reconnaîtront-ils ? Et, si oui, retrouveront-ils le chemin de l'amour ?" - Ruine, T. Cole


Ce roman n'est pas passé loin d'être un coup de cœur. Ceux d'entre vous qui me suivent depuis un moment savent pourtant que les ouvrages estampillés "new adult" ou encore "dark romance" ne sont vraiment pas ma tasse de thé ! Je n'aurais jamais porté mon choix sur ce livre si la quatrième de couverture n'avait pas été si alléchante. Je cherchais un bouquin qui tente de nous retranscrire une histoire dure, de celles qui nous font frissonner d'angoisse devant la nature sombre et parfois profondément mauvaise de l'Homme. C'est également un des premiers ouvrages que je croise et qui tente une incursion dans le milieu de la mafia russe. Bref, j'ai tenté ma chance et je n'ai pas été déçue, bien au contraire ! "Ruine", premier tome de la saga des "Les écorchés" de Tillie Cole, m'a fait passer par une multitude d'émotions grâce à son histoire d'une noirceur terrible, servie par deux personnages principaux des plus touchants.

Cette lecture s'est révélée hautement addictive. Dévoré en à peine quatre jours, "Ruine" est une petite pépite à l'état brut. Il est à réservé à un lectorat avisé car on y trouve plusieurs scènes très difficiles à supporter, aucune violence n'est épargnée aux personnages et les détails pullulent pour nous plonger dans cette ambiance malsaine. Là où cela me déplaît habituellement, je n'en ai pas été gênée ici puisque ces moments cruels, voire choquants, n'étaient pas inutiles à l'intrigue. Ils la soutenaient, poussaient les personnages dans leurs retranchements et le lecteur par la même occasion. Dans l'adversité, j'ai découvert Kisa et Ruine, deux diamants bruts, deux âmes-sœurs... Car, au-delà du sang et du malheur, nous assistons à une sublime histoire : celle de la destinée de deux âmes-sœurs qui se retrouvent après des années passées loin l'une de l'autre. 

Si l'une d'elles m'a le plus marquée, il s'agit bien sûr de Ruine. Vous ne pourrez que l'aimer malgré sa froideur initiale, ses manières sauvages et brutales, ses tatouages, ses cicatrices et son regard fuyant qui trahissent toutes les années de torture aussi bien physiques que mentales qu'il a subies. Les flash-back sont bien amenés, incorporés dans la narration avec subtilité : ils sont d'une qualité certaine et permettent de nous faire prendre conscience qu'il s'agit d'un colosse aux pieds d'argile, le faisant passer du statut de bête sanglante à celui d'homme brisé cherchant désespérément à se raccrocher à quelque chose, la vengeance, avant qu'il ne trouve la lumière d'un phare dans la nuit de son existence torturée. Certains penseront que c'est de la pitié que nous ressentons et qui nous pousse à nous attacher à lui, pour ma part je dirais que c'est sa fragilité derrière le masque bestial de tueur qu'il a dû porter si longtemps pour survivre qui m'a touchée et m'a fait baisser la garde. C'est typiquement le genre d'évolution que j'aime, trouver détestable un personnage dès les premières lignes puis le découvrir et m'y attacher... Cela me fait toujours pensé à cette citation : "Au moment où je comprends véritablement mon ennemi, où je le comprend assez pour le vaincre, alors, à ce moment même, je l'aime également." - La stratégie Ender, Orson Scott Card. Indéniablement, Ruine restera mon chouchou de cet opus...

Quant à Kisa, de prime abord on pourrait croire qu'elle souffre du fameux syndrome de "la demoiselle en détresse", cette atteinte pathologique hautement courante dans de nombreux romans "new adult" et qui transforme toutes les nanas dignes de ce nom en pauvres dindes mielleuses qui ont besoin d'un prince charmant (de préférence baraqué et riche tant qu'on y est à faire notre liste au Père Noël) pour les aider dès qu'elles se cassent un ongle. Pour être honnête, la passivité de Kisa peut agacer mais si on essaye réellement de se mettre à sa place, on finit par se rendre compte qu'elle est bien plus forte qu'il n'y paraît. Après tout, elle fait ce qu'elle peut pour survivre dans cet univers qui est le sien : elle sacrifie sa liberté pour faire ce qu'on attend d'elle en tant que bonne future épouse de la mafia russe de New York, la Bratva. Alors qu'initialement c'était bien Kisa qui m'avait énervée à rester si peu combattive face à la violence d'Alik, son fiancé et futur numéro Un de la Bratva, je me suis finalement aperçue que c'est davantage l'inaction de son paternel devant les supplices infligés à sa fille qui ne collait pas... Elle est une femme battue et pire même, tout le monde le sait, tout le monde le voit et pourtant elle n'est pas protégée par son père alors même qu'il est le chef de l'organisation et que la famille est censée être sacrée dans ce milieu ? Suis-je la seule à trouver ça louche ? Ce non-sens est d'autant plus flagrant quand on arrive à la fin du roman... Je n'en dirais pas plus, mais je classe ceci comme le plus gros défaut de cette histoire, sa principale incohérence.

L'histoire en elle-même importe peu, elle n'est qu'un prétexte : la vengeance de Ruine face à ceux qui l'ont accusé et expédié dans un goulag, prison où des adolescents sont forcés de se battre à mort et entraînés à devenir des tueurs sans passé, passe vite au second plan. Elle est omniprésente dans l'esprit de Ruine, certes, mais elle n'est pas la véritable pierre angulaire du récit qui désire nous parler d'amour inconditionnel et de rédemption. C'est à cause de la façon dont ces thèmes sont traités que je suis passée à côté du coup de cœur... En effet, même si l'auteur réussit un formidable tour de passe-passe en rendant addictif une histoire au rythme trop soutenu et d'une prévisibilité déconcertante, elle reste dans le classique : je t'aime, je te protègerai envers et contre tout (et puis après on fera des galipettes à s'en cramer le squelette...). J'aurais tellement voulu "autre chose"... Qu'on ne s'arrête pas à cela, qu'on n'assiste pas seulement à la renaissance de Ruine et la reconquête de son identité perdue, mais qu'on participe à sa réadaptation après tous les évènements insoutenables qu'il a pu traverser. Cela aurait mérité qu'on prenne le temps de laisser évoluer le personnage, qu'on ne précipite rien en enchaînant des chapitres convenus. Bref, je voulais de la profondeur.  Était-ce trop demandé pour un roman de "dark romance" ? Sans doute...

Dernier détail, je n'avais jamais eu l'occasion de lire un roman de Tillie Cole avant et je dois admettre que j'ai plutôt apprécié sa plume. Par contre, les constantes simplifications de la forme négative (faut croire que le "ne" n'a jamais servi qu'à faire joli dans "ne...pas") ne sont pas du plus bel effet et paraissent très artificielles : je me suis même demandée s'il ne s'agissait pas d'un défaut de traduction pour rendre les dialogues plus naturels... Dans tous les cas, c'est raté !


En conclusion, ce premier tome de la saga "Les écorchés" vous fera passer une bonne lecture si vous savez à quoi vous attendre en commençant à tourner les pages de ce roman. Ne vous y tentez pas si vous êtes une âme sensible, certaines scènes sont très visuelles et les évènements qui ont lieu au cours du récit peuvent choquer par leur violence. Pour les autres, je ne peux que vous recommander "Ruine" tant l'histoire qu'il conte de deux âmes-sœurs destinées à s'unir malgré les épreuves y est à la fois belle, dure et touchante.

Dernier détail, rendez-vous le 24 janvier en librairie pour découvrir le tome 2 intitulé "Tourmente" : cette fois-ci, le récit s'attardera sur Talia, un des personnage secondaire de "Ruine" et un certain 221.



Points positifs :
  • Une histoire addictive. 
  • Deux personnages principaux très touchants, attachants. 
  • Une peinture plutôt pas trop mal réussie du monde de la mafia russe. 
  • Enfin une dark romance où le sexe, la violence et autres joyeusetés ne sont pas là que par obligation mais bel et bien pour soutenir l'univers et le récit.

Points négatifs :
  • Un ensemble trop convenu, dont on connait le dénouement avant même de commencer notre lecture. 
  • Trop peu de rebondissements. 
  • Un manque de profondeur, le timing est serré pour faire tenir toute l'histoire dans un seul roman et cela oblige à faire des concessions dans le traitement de l'évolution des personnages, aussi torturés soient-ils.
  • Une héroïne passive, qui se laisse un peu trop porter par les évènements. 
  • Au niveau de l'écriture, l'oubli constant du "ne" des formes négatives.



lundi 11 décembre 2017

Colorado Kid, de Stephen King



Éditeur : J'ai lu
Date de parution : 1 novembre 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 154
Prix : 5 euros


Quatrième de couverture :  
Pour deux vieux busards du journalisme tels que Dave Bowie et Vince Teague, la présence dans leur petit hebdomadaire local de la ravissante Stephanie McCann est un bain de jouvence. Et comment donner plus sûrement à l'exquise stagiaire l'envie de rester, si ce n'est en lui révélant l'insoluble énigme qui les tenaille et qu'ils gardent jalousement depuis vingt-cinq ans ? Cet homme retrouvé sur une plage, mort dans des circonstances insolites et inexplicables, livrera-t-il son secret à la jeune fille happée par cette histoire.
 


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Ma note : 7/10

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Mon   avis :

"Le problème, c'est qu'il y a les histoires que les gens aiment raconter, 
et celles que les gens aiment entendre." - Colorado Kid, S. King


Cette réédition est une bénédiction pour tous les amateurs du maître de l'horreur ! Cela faisait des années que ce court roman de Stephen King, qui s'apparente d'ailleurs davantage à une nouvelle qu'à un véritable roman vu sa longueur, n'était plus disponible et était vendu à prix d'or par les petits malins qui possédaient la seule édition française alors épuisée. Je n'avais donc jamais eu l'occasion de découvrir cet ouvrage, dont j'avais toujours entendu dire qu'il était très différent de ce à quoi nous avait habitué cet auteur... Aujourd'hui que c'est fait, je ne peux que confirmer : "Colorado Kid" est réellement à part dans son univers narratif, ce qui n'a pas été pour me déplaire.

Bien sûr, on retrouve le style toujours aussi soigné. Les personnages bénéficient d'une solide construction : quelles personnalités aux reliefs rocailleux que ces deux journalistes usés par le temps et les faits divers qui ne laissent aucun souvenir, alors que de vrais mystères les hanteront jusqu'au bord de la tombe... Vince et Dave sont âgés et le gamin du Colorado trotte dans leurs esprits malgré les années qui passent et les rides qui se creusent. Pourtant, ce n'est pas une "bonne" histoire cette découverte d'un cadavre arrivé là on ne sait pourquoi, mort dans des circonstances étranges et dont rien ne peut expliquer la présence sur leur petite île perdue du Maine.

Ce récit d'un mystère insoluble est la pierre angulaire du roman. Stephen King s'en sert habilement pour nous montrer l'art de raconter une histoire et, même plus, de la choisir afin qu'elle soit de celles qui satisfassent le lecteur. On assiste donc à une réflexion efficace et poussée sur l'acte d'écriture, démonstration qui interpelle quant à notre intérêt à lire une histoire et sur ce que nous y cherchons réellement. A certains passages, j'ai presque eu le sentiment que nous étions à cheval sur l'essai littéraire, tant on sent que l'auteur désire décortiquer ce qu'est un "bon mystère", celui qu'on raconte et qui aime être entendu.

Au-delà de cet aspect littéraire, on assiste également à un récit transgénérationnel sur le legs des connaissances et des expériences. J'ai aimé observer la relation entre Stephanie, jeune étudiante venue faire son stage dans cette petite île perdue, et les deux vieux journalistes qui ont de la bouteille comme on dit. Plus que l'histoire du "Colorado Kid", je retiendrai ces personnalités pleine d'aspérités et tellement attachantes avec leur franc-parler et leur volonté de transmettre plus qu'une simple histoire...


En conclusion, Stephen King change totalement de registre et se plonge dans un roman aux allures de nouvelle. On apprécie le jeu avec le mystère et ce qu'il dégage, même s'il nous laissera fichtrement frustré avec toutes les réflexions qu'il engendrera. Avec le recul, je me dis que c'est sans doute exactement ce que voulait nous faire partager l'auteur ! C'est donc indéniable, "Colorado Kid" ne fera pas l'unanimité : même si j'en ressors plutôt satisfaite, je ne le conseillerai pas car il y a bien plus de chance d'en ressortir déçu que ravi...

Petite note si vous pensiez le lire pour retrouver la série "Haven" qui s'en est (vaguement) inspiré, ce roman n'a rien à voir si ce n'est l'ambiance des mystères irrésolus : déception assurée.



Points positifs :
  • Un roman qui change des œuvres habituelles de Stephen King.
  • Une réflexion autour de la notion de mystère et des différentes réalités qu'elle revêt pour celui qui le raconte et ceux qui l'entendent. 

Points négatifs :
  • La narration assez lente, par la faute de la mise en abîme de la transmission du mystère dont il est question. 
  • Fuyez si vous aimez les enquêtes résolues ou les romans qui bénéficient d'une fin qui clôt l'histoire. 



lundi 4 décembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°23]

Coucou les p'tites plumes !

Je vous retrouve pour un point lecture de début de mois, dernier mois aussi pour 2017... Cela sera l'occasion pour moi de commencer à faire plein de changements sur le blog afin de vous proposer de plus en plus de contenu mais aussi un design plus attrayant et intuitif à partir de l'année prochaine !
En attendant ces nouveautés, je vous propose de découvrir les lectures que j'ai prévues ce mois-ci !


Ma lecture actuelle :

Il faut croire que je suis dans une période de lecture à vous arracher des larmes au coin des yeux ou, tout du moins, à ne craquer que pour les sujets difficiles... Après "54 minutes" avec le thème des tueries de masse et "13 reasons why" avec celui du suicide, voilà que je me plonge dans celui du vécu de la maladie à travers un roman young adult déjà adapté au cinéma.
Je crois qu'il ne me reste plus qu'à sortir les mouchoirs...

Dites-moi, avez-vous également des moments pendant lesquels vous ne lisez qu'un certain type de romans ? Quitte à délaisser vos genres de prédilection habituels ?



Ma lecture précédente :

Un excellent roman ! Pas un coup de cœur parce qu'il m'a manqué cette étincelle, cette émotion que le récit n'a pas déclenché que cela soit du point de vue d'Hannah ou de Clay. Jay Asher s'en sort avec brio avec ce sujet très complexe qu'est le suicide, il le traite sans jugement, sans préjugé et franchement cela fait du bien."13 reasons why" est une formidable histoire qui parle finalement non pas des évènements qui peuvent pousser quelqu'un à mettre un terme à sa vie, mais plutôt qui nous fait prendre conscience qu'on joue tous un rôle dans la vie de ceux qui nous entourent et qu'il ne tient qu'à nous de l'influencer positivement.


Mes lectures prévues ce mois-ci :





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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 27 novembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°22]

Rendez-vous habituel du lundi pour bien commencer ma semaine de lecture ! D'ailleurs, je termine doucement mon challenge du mois, fixé à 1700 pages : encore environ 200 et ce sera une réussite !


Ma lecture actuelle :

Toujours dans cette lecture, non pas parce qu'elle aurait de quelconques défauts rédhibitoires mais tout simplement parce que la semaine passée a été hyper chargée... Entre boulot et compétition, je n'ai pas vraiment eu le temps de me plonger dedans comme il aurait fallu. Je compte me rattraper dès ce soir!








Ma prochaine lecture :

Ils se disputent la place en-dessous de ma table de chevet... Vous craqueriez pour lequel ? 😊



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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



mercredi 22 novembre 2017

54 minutes, de Marieke Nijkamp


 
Éditeur : Hachette
Date de parution : 2 novembre 2017
Public visé : Young adult, Jeunesse
Nombre de pages : 304
Prix : 20 euros


Quatrième de couverture :  
10h08 - Kevin
Mec, il se passe quoi ?
Réponds-moi !

10h09 - Sylvia
Tyler est revenu.

10h11 - Matt
Claire j'ai trop peur.
Il tire sur les gens. Qu'est-ce que je fais ?
CLAIRE DÉCROCHE S'IL TE PLAIT !

10h27 - Autumn
Ça ne peut pas être vrai. 
Ça ne peut pas être Ty. 
Ça ne peut pas être mon frère. 

10h30 - Tyler
Aujourd'hui vous m'appartenez tous.
Aujourd'hui vous allez m'écouter.
 


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Ma note : 9,5/10

Coup de cœur
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Mon   avis :

Opportunity est une petite ville paisible, tout le monde se connait et il ne s'y passe jamais rien. Pourtant, ce matin tout a basculé. Il a suffi de cinquante-quatre minutes seulement, cinquante-quatre minutes durant lesquelles un élève a ouvert le feu sur ses camarades au lycée de la ville. Ce sont ces cinquante-quatre minutes que nous allons vivre à travers les yeux d'Autumn, Sylvia, Tomàs et Claire. Cinquante-quatre minutes dont aucun ne sortira indemne.


Ce roman, j'en entendais parler depuis longtemps sous son titre original "This is where it ends". Il m'a immédiatement intriguée, non pas que j'ai des intérêts morbides, mais le thème difficile des tueries de masse dans les lycées américains est rarement abordé en littérature. Après tout, "Rage" de Stephen King qui narrait une prise d'otages dans un lycée avait été interdit d'édition en 1999 par son auteur lui-même suite au drame de Columbine et rares sont les ouvrages qui se risquent sur le sujet depuis (on relèvera tout de même "Hate list" de J. Brown qui dément mon propos, bien qu'il s'attarde surtout sur la vie après un tel drame que sur les évènements en eux-mêmes).

Toujours est-il que j'ai tourné la première page avec un soupçon d'appréhension...qui s'est très vite dissipé ! En effet, l'intrigue se met rapidement en place et les différents points de vue sont aisés à suivre tout en sachant poser un regard singulier sur la situation en cours. Ce que j'ai particulièrement apprécié, ce sont les personnalités de ces quatre narrateurs entre lesquels nous oscillons : bien travaillées, elles nous permettent d'aborder leurs sentiments, leurs pensées ainsi que leurs réactions avec un réalisme poignant. Grâce à eux, on entrevoit les affres internes de cette période de la fin du lycée où on ne se sent plus adolescent mais pas encore réellement adulte, où les espoirs sont aussi vivaces que les doutes et où les rêves côtoient une réalité qui ne leur correspond pas toujours... Là où cela est déjà si difficile à raconter vient se mêler la fusillade, entre la terreur de ceux qui se retrouvent piégés au coeur de l'action meurtrière, de ceux qui sont proches mais pourraient s'enfuir et ceux pour qui le soulagement de se trouver loin du massacre finit par faire place à l'atroce attente et au sentiment d'impuissance.

C'est touchant, c'est dur, douloureux même... D'autant plus que tous connaissaient Tyler, le tueur, et pire qu'ils ont ou ont eu une relation unique avec lui, un lien spécifique qui les pousse dans leurs retranchements si bien qu'ils sont bientôt hantés par une interrogation : et si... Et si ils avaient été témoins de signes qu'ils n'avaient pas su interpréter, et s'ils avaient parlé de ce comportement étrange, de cette parole qui lors de ce jour-là prend tout son sens, et si... La psychologie des narrateurs est bien exploitée. J'ai adoré les flashbacks parsemés au cours du récit, ils ne font qu'accroître notre attachement aux quatre victimes que nous suivons et nous permettent de les comprendre encore davantage pour finir par nous toucher en plein cœur lorsque le roman touche à sa triste fin... Une fin complexe, douloureuse transition entre un avant et un après...

Marieke Nijkamp a su tracer les lignes d'un récit complexe avec authenticité et, le plus important selon moi, avec simplicité. Sa plume à la fois épurée et travaillée nous permet de nous laisser entraîner dans l'intrigue, de sentir peser sur nous le huit-clos tant et si bien qu'on égrène les pages comme les narrateurs rêvent de voir filer les minutes trop longues durant lesquels le massacre se perpétue... Je déplore uniquement que le style d'écriture n'ait pas été légèrement différencié entre les narrateurs car, même si cela rend l'ensemble homogène et contribue à n'en pas douter à la fluidité de la lecture, j'aurais voulu qu'on arrive à sentir la singularité de chaque personnage également dans sa façon de s'exprimer (mon côté "professionnelle de la communication" qui refait surface peut-être ?^^).

Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent... On se perd en même temps que les personnages, on partage leur peur, leurs doutes et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent lors de ces tragédies...


En conclusion, les mots ne sont pas assez forts pour dire ce que vous ressentirez lors de la lecture de ce roman. Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent...  "54 minutes" est une pépite, un véritable coup de cœur dans lequel je ne peux que vous recommander de vous perdre sans attendre. On s'égare en même temps que les personnages, on partage leur peur, leur doute et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent malheureusement lors de ces tragédies...



Points positifs :
  • Un récit simple, qui ne tombe pas dans le pathos.
  • Des personnages d'une authenticité rare pour un roman jeunesse.
  • Une façon très humaine et sans artifice de traiter un sujet dur, mais malheureusement d'actualité.
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Points négatifs :
  • Que la fin arrive trop vite en nous faisant verser quelques larmes ? Plus sérieusement, mon seul regret est peut-être que le style d'écriture n'ait pas été vraiment différent selon les narrateurs.



Ouvrage lu dans le cadre du Challenge de Mort Sûre


lundi 20 novembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°21]

Entre publications sur le blog et sur instagram, j'essaye de vous faire part de mes dernières lectures en temps et en heure. Pourtant, je ne sais pas si c'est le temps détestable qui me fait cet effet mais je me perds dans une fièvre de procrastination assez terrible depuis quelques jours... Alors entre couette, bouillotte et tasse de thé, voici mes dernières lectures !


Mes lectures actuelles :

Je mets généralement un point d'honneur à lire les romans dont sont issues des adaptations cinématographiques ou télévisuelles avant de voir ces dernières à l'écran. Et comme la réputation de cette série n'est plus à faire, je n'ai pas pu m'empêcher de craquer pour le bouquin à ma dernière sortie librairie ! En espérant qu'il tienne toutes ses promesses...








Les deux dernières semaines, j'ai lu : 

Réédité début novembre après des années passées à être vendu une petite fortune par des malins qui avait acquis la seule édition française, alors épuisée, "Colorado Kid" ravira les fans du maître de l'horreur. Ici, on change de registre : c'est l'histoire d'un mystère et là où on pense tous aimer cela, on se rend vite compte qu'il y a matière à réfléchir sur notre perception du mystérieux et nos attentes... On aimera ou on détestera, comme le dit si bien Stephen King dans la postface : "Selon que vous avez aimé ou détesté Le colorado Kid (parce que je pense que pour beaucoup de gens il n'y aura pas de juste milieu, et ça me va très bien comme ça)". Pour ma part, j'ai adoré !



Lui, c'est mon coup de cœur de novembre... 😍 Je l'attendais après une flopée critiques positives des blogueuses d'outre-Atlantique. Pourtant j'étais septique, il s'agit d'un thème particulièrement compliqué à traiter avec humanité. Marieke Nijkamp réussit cette prouesse et signe un ouvrage choc : touchant, percutant,... Inoubliable.

Premier roman de Nine Gorman, la célèbre booktubeuse, je me suis plongée dans cette lecture sans aucun à-priori. J'en ressors mitigée, ni ravie ni déçue...









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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 6 novembre 2017

Sweet, de Emmy Laybourne



Éditeur : Hachette
Date de parution : 14 septembre 2016
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 360
Prix : 15,90 euros


Quatrième de couverture :  
Madame, Monsieur,
J’ai l’honneur de vous inviter à une extraordinaire croisière de luxe à bord de l’Extravagance !
Au programme : découverte en avant-première d’un produit miracle qui vous débarrassera de vos bourrelets disgracieux. Et sans efforts !
Vous rêvez de retrouver votre taille de guêpe ? Le Solu est fait pour vous.
Le Solu n’est pas un amincissant comme les autres.
Le Solu vous fera vraiment maigrir.
Vous ne pourrez plus vous passer de lui.
Je vous le garantis.
N’attendez plus : rejoignez-nous sur les rives de Fort Lauderdale, en Floride, pour un embarquement imminent !
Au plaisir de vous aider à mincir,
Timothy Almstead, président de Solu Corporation
 


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Ma note : 7,5/10

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Mon   avis :

Vous aussi vous avez déjà fait ce rêve dans lequel la solution à vos bourrelets en trop se résumait à un simple édulcorant qui vous ferait maigrir à vue d’œil ? Alors embarquez pour une croisière inoubliable où vous serez les premiers heureux à goûter au Solu ! Le Solu, la solution à vos problèmes de poids : efficacité garantie !
C'est pour cette promesse que Viv' a réussi à convaincre sa meilleure amie, Lauren, de l'accompagner à cette première mondiale à la découverte du produit qui promet de révolutionner l'univers des régimes. A l'aise avec ses rondeurs, Lauren se retrouve sur un paquebot luxueux, entourée de richissimes clients et stars ayant hâte de tester ce produit-miracle, alors qu'elle n'a pas réellement l'intention de craquer pour cet édulcorant qui semble trop beau pour être vrai. Et si le Solu n'était pas aussi inoffensif qu'il le promet ?


Lu à la fin de l'été, "Sweet" est un roman qui m'a surprise ! La couverture est sublime, la quatrième nous appâte et nous promet de savourer un voyage dépaysant à bord de l'Extravagance. Cette croisière de luxe, nous la ferons en compagnie de Lauren et Tom. La première est une passagère pas si classique puisqu'elle n'est absolument pas intéressée par le but du séjour qui n'est autre que faire fondre ses rondeurs en un temps record ! Quant au second, Tom, il n'est autre que le présentateur, ex-enfant star, chargé de la communication autour du produit-miracle pour lequel tous se pressent à bord. Ce produit révolutionnaire, c'est le Solu. Il ferait fondre quiconque en consommerait : exclusivité mondiale à bord du bateau, il ne sera lancé dans les boutiques du monde entier qu'à la fin de la croisière qui fait office de publicité alléchante et d'avant-première hors de prix pour les richissimes voyageurs qui n'acceptent pas leurs kilos en trop.

La problématique principale de ce roman se construit donc autour de la question de l'acceptation de soi. La dualité entre Lauren et son amie Vivika est bien construite, les raisons du mal-être de cette dernière sont décrites de manière juste et universelle. Comme dans la réalité, le regard des autres est au centre de cette obsession pour sa silhouette mais pas seulement. L'auteur va plus loin puisqu'elle nous pousse à voir les personnages sous différents angles grâce à la narration à deux voix et à la place prépondérante accordée aux dialogues. Entre les regards critiques et les paroles acerbes des starlettes qui n'ont que des os à perdre et la souffrance des voyageurs en réel surpoids, le décalage est flagrant.

Étonnée au début par le style d'écriture et l'alternance entre le point de vue de Tom et Lauren, je me suis rapidement laissée embarquer dans l'histoire. Il faut dire que tout est fait pour nous prendre au jeu. Le style très vivant de l'auteur m'a immédiatement donné l'impression d'assister à une espèce de télé-réalité en format littéraire, un peu étrange me direz-vous et pourtant le dynamisme que cela insuffle aux personnages et à l'intrigue est extrêmement prenant !

L'évolution du récit où, vous vous en doutez, tout dérape puisque le Solu est loin d'être un inoffensif brûleur de graisse, permet au passage de dépoussiérer le genre de la science-fiction en donnant à "Sweet" un goût de roman post-apocalyptique très original. D'abord on se demande jusqu'où va le mal-être des passagers, puis jusqu'où ils seront prêts à aller pour avoir leur dose de Solu : l'addiction et ses effets font froid dans le dos. Même si tous ces sujets ne sont pas évoqués avec sérieux, j'ai trouvé les situations assez percutantes pour déclencher la réflexion.

Bref, j'ai dévoré ce roman ! Pour autant, j'en garde un sentiment mitigé. Cet ouvrage aurait pu récolter tous mes applaudissements si seulement il n'avait pas plongé tête la première dans les clichés des romans pour adolescents... Pourquoi, oh mais pourquoi fallait-il que nos deux protagonistes principaux nous la jouent romance au premier regard ? C'est niais, c'est cliché, c'est désespérant. Crédibilité de la groupie bavant devant son idole qui fond pour elle ? Zéro pointé. Leurs péripéties en mode "jamais sans toi" tandis qu'un chaos sans nom règne sur le paquebot ? Navrantes. (Vous l'aurez compris, si je me retrouve dans un monde dévasté, je laisse mon mec dans la mouise si c'est pour sauver ma peau ! Mais je sauve mon chat et mon chien, faut pas déconner !^^). De plus, le récit bien qu'entraînant n'est pas forcément toujours bien ficelé : on fait des allers-retours, on court à droite à gauche alors que le huis-clos aurait pu être beaucoup plus angoissant. Je vous passe les scènes où on a juste envie de secouer notre couple en carton comme un pommier tant ses réactions sont carrément improbables ! Bref, notre croisière se coule toute seule...

Dernière petite mention spéciale pour la fin que j'ai adorée ! Il fallait l'oser !


En somme, cet ouvrage est un formidable tremplin à l'idée que les solutions miracle n'existent pas et surtout que, pour être heureux, il faut savoir s'accepter tel que l'on est ! Le traitement de cet adage est d'une originalité folle et d'un frais décapant qui plaira à coup sûr aux adolescents trop souvent influencés par la mode et ses modèles irréalistes, voire dangereux. Les moins jeunes se laisseront séduire par le dynamisme de l'intrigue, son dépoussiérage de la science-fiction et la spontanéité des personnages. Si on ne cherche pas un roman tout en profondeur mais plutôt une lecture délicieuse et sans prise de tête, "Sweet" est fait pour vous !



Points positifs :
  • L'effet "télé-réalité" croustillant.
  • Un thème classique des romans de science-fiction revisité de manière très moderne. 
  • Une bonne histoire pour les adolescents sur l'acceptation de soi.

Points négatifs :
  • Des personnages stéréotypés, aux réactions ridicules et peu réalistes étant donné la situation. 
  • La crédibilité de l'ensemble.  
  • L'idée de base qui aura mérité d'être plus exploitée.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge de Mort Sûre





mercredi 1 novembre 2017

Bienvenue à Night Vale, de Joseph Fink et Jeffrey Cranor



Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 15 mars 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 512
Prix : 8,30 euros


Quatrième de couverture :  
Night Vale : une sympathique communauté au cœur du désert, où de mystérieuses lumières nous survolent pendant que nous faisons tous semblant de dormir. Un endroit à part, peuplé de spectres, d’anges et d’extraterrestres, où prennent vie théories conspirationnistes et légendes urbaines… une ville où il ne fait pas bon croiser les créatures encapuchonnées qui ont investi le nouveau parc à chiens interdit au public, où la police secrète a pignon sur rue, où l’acquisition d’un poisson rouge vous fera vous poser des questions sur son régime de souris, où certains jours de la semaine sont annulés à cause de contraintes de calendrier : bienvenue à Night Vale. 


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Ma note : 7/10

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Mon avis :

Il est des villes étranges, Night Vale est l'une d'elles. Perdue au fin fond des États-Unis, jouxtant un immense désert, on peut y faire les rencontres les plus improbables : les métamorphes y côtoient des employés de bureau qui disparaitront le lendemain dans l'indifférence générale, une inquiétante police rôde dans des voitures sombres et des anges habitent à la sortie de la ville...même si les anges n'existent pas, cela va s'en dire ! Dans cet univers décousu, comment un papier qu'on ne peut pas lâcher pourrait-il perturber encore davantage l'existence pas si paisible que ça de quelques habitants de Night Vale ?



Même si je brûle de commencer cette chronique, je tiens tout d'abord à remercier l'édition "Le Livre de Poche" ainsi que le forum Mort Sûre grâce auxquels j'ai eu la chance de recevoir ce roman en service presse.

"Bienvenue à Night Vale" et moi, c'est une histoire qui date. Peut-être connaissez-vous également le podcast à succès du même nom ? J'adorais écouter les épisodes quand j'étais encore à la fac, c'était tellement loufoque et décalé que ça m'aidait à me vider l'esprit après les heures de cours ou de révisions. C'est donc avec plaisir et, je dois bien l'admettre, un soupçon d'appréhension quant au passage à la version écrite, que je me suis replongée dans l'ambiance complètement barrée de cette ville fictive.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce roman ne peut pas vous laisser indifférent ! C'est quitte ou double. Votre séjour dans cette ville devrait bien se passer si vous acceptez que la folie puisse être sensée et que, même si rien n'a de sens, c'est cette absence qui donne du sens au-delà du récit... Vous suivez toujours ? Je n'ai pas le talent des créateurs et auteurs de Night Vale, mais si vous trouvez ma réplique complètement incompréhensible tout en en redemandant, vous devriez tomber sous le charme de cette bourgade. Au contraire, si les bouquins qui vous tordent les neurones, vous mettent le cerveau en bouillie et soulèvent une myriade de questions sur lesquelles vous allez vous caser les dents pendant des semaines ne vous plaisent pas, alors fuyez ! Ou bien, soyez courageux et tentez l'aventure : si vous  surmontez les cinquante premières pages, c'est que vous aurez été envoûtés par le charme du lieu (ou que vous devenez aussi singulier et délirant que tous les personnages).

En cela, les amateurs du podcast ne seront pas dépaysés. En effet, on retrouve le style si particulier où on oscille constamment entre une narration curieuse et des métaphores paradoxales. Pourtant, loin d'être un simple exercice de style, la critique de notre société à travers des situations ubuesques est nette. Elle se dessine à travers des petites phrases en apparence inoffensives mais qui prennent un sens tout autre si on prend le temps d'en réaliser la double lecture. Tout y passe : la politique, les croyances, la sécurité, mais aussi des choses qui nous paraissent être des banalités quotidiennes, des figures habituelles qui sont pourtant loin d'être exemptes de toute critique. L'humour cynique est parfois présent avec subtilité pour mieux dénoncer, c'est bien vu et frappe souvent vrai. C'est l'aspect du roman que j'ai préféré : il joue et se joue de la double-lecture pour nous livrer une critique acide plaisante. Par contre, ce même élément a été pour moi la source d'une infinie déception : ça juge, ça dénonce, mais nous n'avons droit à aucun approfondissement. La messe est dite, point final. Aucune réflexion qui se porterait plus loin, c'est au lecteur de la mener seul et je trouve cela horriblement dommageable : là où cette absence de profondeur ne gâche pas le plaisir du podcast, l'écrit ne pardonne pas. J'ai eu l'impression qu'on m'appâtait avec des sujets intéressants pour me laisser me débrouiller seule avec tout ce bazar !

Côté récit à proprement parlé, on suit une jeune fille qui a dix-neuf ans depuis plusieurs décennies et qui ne parvient pas à se débarrasser d'un papier portant une inscription bizarre, ainsi qu'une mère et son fils métamorphe en quête d'un père. Néanmoins, ce récit fait pâle figure comparé au travail soigné de l'écriture, tranchante toute en finesse. Le rythme est d'une lenteur exaspérante. Au final, l'histoire n'est qu'un prétexte à toute la construction stylistique. L'ensemble est peu équilibré, trop déluré pour ne pas devenir lassant et la fin est presque trop quelconque pour conclure un tel cheminement. J'avoue avoir oscillé entre soulagement et pincement au cœur en tournant la dernière page, même si cette lecture inclassable restera inoubliable.


En conclusion, on a une base... Une base bien sympathique, quoique totalement déjantée, avec une histoire croustillante qui n'hésite pas à mettre en exergue ce qui ne va pas dans notre société. Toutefois, on reste constamment sur notre faim : on accepte les situations folles, les personnages hors norme et les tournures de phrases étranges pour une seule raison, on en veut plus ! On veut être poussé à la réflexion et pas simplement assister à une succession de critiques sociétales qui finissent par faire catalogue sans qu'aucun approfondissement ne vienne soutenir cet exercice difficile. Bref, déçue de ma lecture... Ma nostalgie de cette fausse émission de radio géniale n'aura pas été suffisante pour que je pardonne les défauts : ce qui est invisible à l'oral ne pardonne pas forcément à l'écrit.

Si ma plume vous a donné envie d'aller écouter cette station radio un peu spéciale de la ville de Night Vale, voici le lien vers le site francophone qui a traduit quelques podcasts en français et les liens vers le site officiel ainsi que vers la chaîne Youtube officielle (en anglais) où vous pourrez retrouver l'ensemble des épisodes de ce podcast phénomène (les émissions paraissent à raison d'une tous les quinze jours).



Points positifs :
  • Un roman qui fait figure d'essai littéraire totalement décalé et loufoque et qui tient de l'exercice de style absurde.
  • Un humour pince-sans-rire plaisant et des métaphores savoureuses. 
  • Des personnages que vous ne verrez jamais ailleurs.
  • Une critique acerbe de notre société grâce à une plume grinçante efficace.

Points négatifs :
  • Un récit bancal, au rythme d'une lenteur déconcertante.
  • Le style parfois difficile à suivre et qui découragera plus d'un lecteur. 
  • Pour ceux qui avaient aimé le podcast du même nom, une once de déception peut être au rendez-vous : l'écrit se prête moins à ce style que l'oral où les intonations donnent une autre ampleur aux mots et en renforcent le sens.




mardi 31 octobre 2017

Lectures Halloweenesques !


Ce soir, sorcières, vampires et autres créatures de la nuit sont de sortie ! Le claquement d'une branche contre un carreau, une porte qui grince et voilà qu'un frisson incontrôlable vous parcourt l'échine... C'est le moment de sentir la peur au fond de votre âme et, pour vous mettre dans l'ambiance, je vous propose une sélection de livres tous plus effrayants les uns que les autres.

Tout d'abord, laissez-moi vous parler de "Nouvelles histoires extraordinaires" d'Edgar Allan Poe. Il fait partie de mes ouvrages de référence en terme de recueil de nouvelles fantastiques. Ici, le maître de la littérature gothique nous propose des nouvelles sombres, où l'esprit profondément torturé des personnages est parfaitement mis en exergue. La maîtrise de l'intrigue est percutante, particulièrement dans les premières nouvelles qui ne pourront que vous laissez cette sensation indescriptible d'effroi glaçant... Une excellente option de lecture d'Halloween pour ceux qui n'auront pas le temps de dévorer tout un roman !

Pour ceux qui préfèrent les classiques, ils seront ravis de voir que ma sélection comporte l'incontournable "Dracula" de Bram Stocker. Je l'admets, je suis une puriste ; si on est un véritable fan de fantastique et d'horreur, il est indispensable de l'avoir lu, ne serait-ce que pour avoir une meilleure idée du mythe du vampire et d'un de ses ouvrages fondateurs... Oserez-vous rejoindre le comte dès ce soir ?

Impossible également de faire cet article sans y glisser un roman du maître de l'horreur, j'ai nommé Stephen King ! C'est "Simetierre" qui remporte sa place dans ma sélection pour son histoire dérangeante, mais horriblement humaine... Un livre qui fait frémir, qui fait réfléchir et pire qui nous fait douter car qui n'aurait pas succombé à la tentation de défier la mort elle-même.

Ensuite, j'ai décidé de terminer avec un roman récent : "Hex" de Thomas Olde Heuvelt. Après les récits fantastiques, les vampires et les cimetières indiens, laissez-moi vous proposer un récit de sorcière... Autre personnage du folklore de l'épouvante, cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu un aussi bon ouvrage qui est loin de tomber dans les clichés rouillés jusqu'à l'os des légendes de la sorcellerie. Il les évoque, s'en sert pour ensorceler le lecteur et pourtant l'amène à réfléchir sur la noirceur de l'âme humaine... Il est urgent de se laisser envoûter par Katherine et la ville de Black Spring.


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Alors tenté par une de ses lectures ?
Et vous, qu'allez-vous lire ce soir ?



lundi 30 octobre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°20]

Une semaine qui se termine et surtout une nouvelle qui commence avec plein de lectures en perspective !

Dès demain, vous aurez le droit à une plume hors-série, un article sur les romans qui pourront vous faire frissonner sous la couette pendant que des petits monstres viendront faire carillonner votre manoir hanté en espérant vous dérober vos bonbons !

Mais avant, voici un récap' de mes lectures de la semaine passée ! 


Mes lectures actuelles :

Reçu cette semaine, je me suis laissée embarquer dans ce récit de bit-lit alors que je ne m'y attendais pas. Si le début était de très bonne qualité et prometteur, la suite se détériore à présent et je ne crains qu'il ne sombre doucement vers un roman jeunesse réutilisant les ficelles usées jusqu'à la corde des romances fantastiques.








Roman mis en pause cette semaine pour me permettre une lecture plus rapide du précédent ! Mais qu'à cela ne tienne, je le poursuis dès que j'ai terminé l'histoire d'Elsie.










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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 23 octobre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°19]

Nous approchons d'Halloween... Citrouilles et autres vampires aux dents de papier prenez garde ! Maintenant que je viens de tourner la dernière page de "Bienvenue à Night Vale" , j'ai besoin d'un roman "normal" pour me remettre de mes émotions contraires avant de me plonger dans une bonne histoire d'horreur (ou plusieurs si un recueil de nouvelles m'appelle de sa douce voix fantomatique... Je divague...).

Voici donc mes lectures !


Ma lecture actuelle :


Comment ne pas craquer devant cette "Ô combien magnifique" couverture ? Impossible de trouver une réponse donc je me suis laissée aller à ma fièvre d'acheteuse lectrice compulsive : à peine dans ma PAL, déjà dans mes mains ! Pour l'instant c'est simple...mais prometteur !








 La semaine dernière, j'ai lu :

Sentiment mitigé quant à cette lecture... Je n'ai pas détesté, pas réellement aimé non plus... Je crois que ma nostalgie des podcasts joue également et m'a fait regretter que le côté profondément original et totalement déjanté de Night Vale ne trouve pas vraiment sa place à l'écrit.







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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 16 octobre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°18]

Que vous raconter, si ce n'est que j'ai frissonné ! Ma dernière lecture était un régal, une oeuvre de l'horrifique que j'ai tout bonnement dévoré tant elle était intelligemment menée : Thomas Olde Heuvelt a su transcender le mythe de la sorcière, sans jamais tomber dans la facilité

Pour la suite du programme, je sais que j'avais prévu un aller direct et sans escale pour le monde de la Valorie et du Herran. Néanmoins, un colis de service-presse est venu titiller mon attention et m'a faite revenir à mes années étudiantes, quand il m'arrivait d'écouter un podcast très connu : "Welcome to Night Vale" ! Curieuse de voir si la version papier est aussi délurée !



Ma lecture actuelle :

Commencé il y a peu, je n'ai pas encore d'avis tranché. Pour l'instant, l'immersion est loin d'être totale car ce qui fonctionnait très bien avec l'effet radio ne produit pas du tout le même effet en lecture... 










Les deux dernières semaines, j'ai lu :

Cela faisait si longtemps que je n'avais pas dévoré un aussi bon roman d'épouvante ! "Hex" est un bijou d'une horreur sournoise et insidieuse, où la menace n'est pas forcément celle qu'on croit...
Chronique  venir pour Halloween !








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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 25 septembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°17]

Les lectures se poursuivent et se ressemblent en qualité ! A peine un roman fini, voici que les sorties de la semaine m'ont poussée à me précipiter en librairie : entre un roman d'épouvante et la suite d'une saga dont le premier tome a été un coup de cœur, difficile de choisir. Alors entre "Hex" de T.O. Heuvelt et "The crime" de M. Rutotski, qu'auriez-vous choisi ?

J'avais besoin de me faire peur après avoir été au cinéma pour assister à l'avant-première de "Ça" - excellent film d'ailleurs ! cela fait tellement plaisir de retrouver le club des losers avec de jeunes acteurs convaincants -, vous devinez donc certainement ce que j'ai débuté...


Ma lecture actuelle :

Tout juste sorti mercredi dernier, "Hex" est un de ces bouquins dont on entend parler autant en bien qu'en mal... Dans ces cas-là, j'aime bien me faire ma propre opinion. Pour le moment, je n'en suis qu'aux premiers chapitres mais le style de l'auteur me plait bien.

La semaine passée, j'ai lu :

Une bonne surprise pour ce roman qui malgré quelques faux-pas s'est révélé être une dystopie bien construite dans un univers fantasy sympathique. Je suis curieuse d'en lire la suite, afin de voir si le Don perdure et si la Démonstration continue...









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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 11 septembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°16]

Me voici de retour, pour vous jouer un mauvais tour ! Bon ok, elle n'était pas très recherché celle-là... Mais promis je ferai mieux la prochaine fois ! En attendant, laissez-moi vous parler de ma nouvelle lecture !


Ma lecture actuelle :

Septembre a un goût excellent côté lecture pour le moment ! Après l'ambiance ténébreuse de mon précédent roman, je me suis immergée dans cette dystopie fantasy. Je n'attendais pas grand chose de ce livre YA sorti en mai. Après tout, les univers dystopiques commencent à être rongés jusqu'à la moelle ! C'est peut-être pour cette raison que j'ai été agréablement surprise : les personnages sont surprenants (même si à l'instant présent de ma lecture, c'est clairement Luke qui porte l'histoire) et plutôt convaincants dans l'ensemble. J'attends de voir si la suite de l'intrigue continuera sur cette bonne lancée !

La semaine passée, j'ai lu :

Fin de lecture exceptionnel ! L'atmosphère oppressante a persisté jusqu'au dénouement et ça a été avec un pincement au cœur que j'ai quitté Audrey-Rose... Chronique pleine de compliments à venir !









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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 4 septembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°15]

La rentrée ! Quelle meilleure occasion de me remettre sérieusement à vous parler de mes lectures ?

Je dois bien admettre que le mois d'août n'a guère été productif pour moi, j'ai avancé à pas de fourmis dans mon roman en cours, alors que j'ai vraiment accroché ! La faute à une petite boule de poils arrivée dans ma vie et qui me demande beaucoup d'attention (mais ne vous faites pas, elle a déjà compris qu'on ne touche pas à la bibliothèque !^^).

J'espère donc pouvoir me remettre à la lecture de manière plus intensive dans les semaines à venir... La rentrée littéraire promet d'être belle et plusieurs ouvrages à paraître sont déjà sur ma wish list de septembre (qui a dit que "The crime" de M. Rutkoski est en pôle position ?), mais vous les verrez bientôt dans un prochain article du lundi !


Mes lectures actuelles :

Franchement, j'adore l'ambiance de ce roman... Sombre, inquiétante, putride,... Audrey Rose a du caractère et c'est plaisant à lire ! Bref, même si je pense avoir deviné qui est Jack l’Éventreur, je continue à dévorer chaque soir un nouveau chapitre avant d'accélérer dans la dernière ligne droite des révélations.


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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



lundi 7 août 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°14]

Hors de question de couper au rendez-vous de la semaine, donc pour bien la débuter je vous présente mes lectures terminées et celles à venir !


Mes lectures actuelles :

Je le commence ce soir même, hâte de m'aventurer dans les rues de Whitechapel...

Que dire si ce n'est que... je stagne, je stagne et... je stagne... Me couper dans mon élan en lisant un autre roman en parallèle n'était visiblement pas une bonne idée. Je pense que je vais le mettre de côté pour mieux le recommencer à zéro d'ici quelques semaines.










La semaine passée, j'ai lu : 

Super frais pour une lecture d'été, "Sweet" m'a beaucoup plu. Les personnages sont sympathiques et les nombreux dialogues viennent donner une impression de série télévisée, voire de tv show. On obtient un roman dynamique et original ! Bouquin aussi addictif que le Solu donné aux passagers de cette croisière de rêve virant au cauchemar ! 

Après ça, impossible de regarder mes deux ou trois kilos en trop de la même manière !





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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?



Challenge "1 jour = 1 plume", conclusion...

Une semaine derrière moi et voilà que je peux enfin l'annoncer :

Challenge réussi !
(Applaudissements ! Applaudissements !)


Un vrai marathon bloguesque dont je suis venue à bout et qui m'a permis de me mettre à jour (on va pas chipoter pour la seule chronique qu'il me reste à écrire... si ?). J'ai maintenant l'esprit tranquille pour commencer de nouvelles lectures que je ne manquerai pas de commenter au fur et à mesure, évitant de me laisser submerger (apprendre de ses erreurs qu'on dit !).

A partir de maintenant, je vais tenter d'être plus active : après tout si je suis parvenue à publier une plume par jour pendant une semaine, cela devrait être un jeu d'enfant de publier au moins un article par semaine ! Et qui sait, peut-être que lors de mes prochaines vacances, je renouvellerai ce challenge.


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Cette semaine riche en plumes vous a-t-elle plu ? Quels articles avez-vous préférés ?
Racontez-moi tout cela dans les commentaires et je pourrais ainsi adapter mes prochaines publications pour votre plus grand plaisir !


Livresquement.


dimanche 6 août 2017

Flora Banks, de Emily Barr



Éditeur : Casterman
Date de parution : 1 mars 2017
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 369
Prix : 16 euros

Quatrième de couverture :  
DIX - L’âge que j’avais quand mon cerveau s’est détraqué.
HUIT - Années de validité de mon passeport.
SIX - Le nombre de personnes qui me cherchent au Spitzberg, dans l’Arctique.
QUATRE - L’âge auquel j’ai rencontré ma meilleure amie. Je ne dois plus jamais l’appeler, ni lui envoyer de SMS.
DEUX - Deux cailloux noirs. L’un m’appartient, l’autre est à Drake. Je le rejoindrai, où qu’il soit.
UN - Un souvenir. C’est tout ce qu’il me reste.

FLORA BANKS : LE LIVRE QUE VOUS N’OUBLIEREZ JAMAIS.
 


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Ma note : 7,5/10

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Mon   avis :

En apparence, Flora Banks ressemble à n'importe quelle adolescente de seize ans, pourtant elle est loin d'avoir la même existence que les filles de son âge... Flora souffre d'amnésie, elle oublie ainsi tous les évènements récents. Armée des notes qu'elle inscrit sur ses poignets pour se rappeler à chaque nouvel oubli et des dizaines de post-it qu'elle colle sur l'ensemble de ses affaires, elle essaye de faire bonne figure et de s'intégrer malgré toutes ces difficultés. Un jour, l'impensable se produit : elle se souvient. Un baiser reste ancré dans sa mémoire, un baiser échangé un jour où elle avait seize ans et non dix. Un baiser qui lui donne l'espoir de pouvoir enfin se construire malgré la maladie. 


Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce roman est l'illustration même de l'expression qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture ! Ce bleu dur qui recouvre intégralement la couverture n'est pas du plus bel effet, mais il a le bénéfice d'attirer le regard et d'intriguer. Une fois le synopsis lu impossible pour moi de ne pas craquer au point de lui faire sauter la case PAL et le lire immédiatement après achat.

Une seule question m'a néanmoins hantée : l'amnésie serait-elle devenue un thème littéraire à la mode ? Entre "Avant de dormir" de S.J. Watson, "Avant de t'oublier" de R. Coleman, "Forgotten" de C. Patrick ou encore "The memory book" de L. Avery, les lectures ne manquent pas depuis quelques années ! Néanmoins, "Flora Banks" a su se différencier par l'immersion qu'elle propose au lecteur. 

En effet, nous voyons le monde à travers les yeux de Flora. Une jeune fille de seize ans atteinte d'une amnésie antérograde ayant débuté à l'âge de dix ans. Ainsi, toutes les deux heures environ, elle oublie tout ce qui vient de se produire et ne subsistent que ses souvenirs datant de l'âge où a débuté son trouble mnésique. Imaginez donc une adolescente qui est condamnée à avoir toujours l'impression d'avoir dix ans et qui doit reconstituer son identité et son histoire toutes les deux heures. Si cela vous paraît cruel, alors attendez de partager sa situation toutes les quelques pages, lorsque Flora oublie ce que vous venez de lire. Vous vous retrouvez dans le même flou qu'elle, tentez de vous souvenir de tout ce que vous venez de lire et dont elle n'arrive pas à se souvenir. Vous avez même des impressions de "déjà lu". Vous vivez son angoisse de ne plus savoir exactement où vous en êtes, vers quoi vous mène cette histoire et ce que signifie vraiment tous ses mots écrits sur ses poignets et les post-it qui l'entourent. C'est troublant, dérangeant. Réel.

Flora n'a jamais pu vivre normalement à cause de sa maladie. Ses parents l'ont toujours protégée, surprotégée en réalité. Sa meilleure amie veillait sur elle en dehors de la maison familiale, bref une existence sous surveillance et sans place à l'imprévu, puisqu'il pourrait être dangereux. C'est déstabilisant, d'autant qu'on partage son désir de s'en sortir depuis qu'un nouveau souvenir semble s'être gravé dans sa mémoire défaillante. Elle a embrassé un garçon, Drake, le petit-copain de sa meilleure amie. Cette dernière lui en veut, mais ça elle l'oublie contrairement au baiser qu'elle continue de se remémorer au fil des oublis perpétuels.

Quand ses parents doivent partir pour Paris urgemment, Flora n'a qu'une idée en tête : rejoindre Drake, parti étudier dans un autre pays... J'avoue ne pas avoir adhéré à ce prétexte, c'était trop facile. Sans compter que le rythme du roman étant très saccadé à cause de l'amnésie de Flora, le récit évolue beaucoup trop lentement à mon goût. Je n'ai donc pas ressenti l'immersion totale que j'attendais, ni apprécié à 100% cette lecture, notamment parce que j'avais deviné le rebondissement très rapidement (connaître certains termes médicaux aidant) et que je vois des patients ayant des pathologies mnésiques toute la journée. Or, pour moi, lire c'est s'évader : quitter mon quotidien et oublier toutes les souffrances qu'on a pu me confier à mon boulot (comme quoi on peut rechercher cette sensation de vide que vit Flora). Mon avis est donc biaisé, j'en ai conscience. Certains soirs (je suis une lectrice sur l'oreiller), les énièmes répétitions de Flora me rendaient même dingue vu que c'est ce que je vis à mon cabinet... Bref, ne vous attendez pas à me revoir avec un tel bouquin avant un certain moment : cette lecture m'a trop éprouvée.

Malgré tout, je dois admettre que ce roman me laissera un bon souvenir car les quêtes qu'il met en avant sonnent juste. On assiste à la difficulté commune à beaucoup de personnes présentant un handicap d'avoir une vie sociale et de s'intégrer dans la société qui glorifie la performance : quand vous êtes malade, vous n'avez d'autre choix que de vous priver d'une multitude de choses, les autres sont loin de vous comprendre, ne sont pas tendres et souvent vous ne pouvez compter sur personne ou presque. On y explore aussi la construction identitaire d'une adolescente qu'une maladie empêche d'aller de l'avant, autant que ses proches qui ne l'en croient pas capable. Nous-mêmes, en vivant cette aventure à travers elle, l'en croyons-nous capable ? Vous l'avez compris, beaucoup de questions surgiront au cours de votre lecture. Elles ne trouveront pas toutes une réponse, mais peut-être vous amèneront-elles à faire évoluer votre regard...


"Flora Banks" est un roman qui ne peut laisser indifférent. Grâce à la plume simple et efficace d'Emily Barr, nous sommes immergés dans le quotidien de cette jeune fille qui tente tant bien que mal de s'en sortir avec sa mémoire défaillante et, malgré toutes les difficultés qu'elle affronte, elle tente de se construire, de se réaliser en tant que mosaïque incomplète... Le puzzle se met en place et, même si je n'ai pas réussi à rentrer dans l'histoire, je ne peux nier que les derniers chapitres sont extrêmement touchants.




Points positifs :
  • L'utilisation du point de vue de Flora qui nous propose d'expérimenter l'atteinte par un trouble mnésique de manière criante de vérité.
  • Une héroïne complexe et touchante.

Points négatifs :
  • Un déroulement lent et des répétitions multiples qui peuvent agacer.
  • Un prétexte trop convenu pour permettre l'aventure de Flora.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je suis Peter Pan" de Mort Sûre