dimanche 20 novembre 2016

Concours "Bibliothèques mystère KUBE"

Alors même que les libraires indépendants sont de plus en plus rares dans nos villes, leur initiative sous la forme d'un concours est à saluer !

Je vous invite donc à y participer en suivant le lien ci-dessous ! Qui sait peut-être serez-vous l'heureux gagnant d'une des vingt bibliothèques mystère mises en jeu...

mardi 8 novembre 2016

Boys out ! , de Rawia Arroum


Éditeur : Hachette Romans - collection "Black moon"
Date de parution : 8 octobre 2014
Public visé : young adult
Nombre de pages : 320
Prix : 16 euros

Quatrième de couverture :  
Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Lyra s’entraîne dur pour être capable d’affronter et de maîtriser les mâles qui rôdent encore. Jusqu’au jour où elle doit rencontrer un homme pour procréer à son tour…

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Ma note : 4/10

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Mon   avis :

Dans la société où a grandi Lyra, les hommes sont des êtres interdits. Leur vouant une haine viscérale pour leurs actes passés, les femmes sont éduquées dans la haine de la gente masculine pour devenir de parfaites citoyennes. Bien qu'ils soient traqués, quelques hommes continuent à se terrer dans l'espoir d'échapper au funeste destin qui les attend s'ils sont capturés et emprisonnés dans la Structure, ce lieu où ils seront attribués à des jeunes filles ayant atteint leur majorité pour assurer la seule fonction qui leur est reconnue : procréer. Jusqu'à présent, Lyra fait partie des patrouilleuses et quand elle réussit sa première capture, la fierté d'être femme l'envahit. Seulement, son anniversaire approche et avec lui sa convocation pour devenir mère à son tour...

"Boys out !" est un roman qui surprend au premier abord. On découvre une idée originale avec un contexte dystopique encore inexploité. Il me tardait donc de pénétrer dans cet univers, d'en saisir les rouages et d'explorer les failles qui conduiraient indubitablement à une remise en cause du système.

Toutefois, mon enthousiasme a été de courte durée. Tout d'abord, on nous informe que ce monde a été créé grâce à un important mouvement féministe : c'est là que le bât blesse. Féminisme est avant tout synonyme d'obtention d'une égalité entre les sexes, or ce qu'on nous sert dans cette dystopie est de l'ordre de la supériorité féminine. De la société féministe promise, il ne reste rien : nous avons affaire à un monde matriarcal empreint de mysandrie, où la femme ne peut se réaliser qu'en devenant mère, d'une fille naturellement ! Les clichés sexistes sont légion : entre les femmes obligées à porter des robes et les horribles "mâles" aux "mâchoires carrées" et aux "poils au menton", j'ai préféré en rire que d'en pleurer...

C'est avec la procréation qu'on atteint un summum qui m'a pétrifiée. On nous sert du viol. Oui, vous avez bien lu : dans cet univers où on respecte soit-disant les femmes et où on les idolâtre, c'est le viol qui est le mode de reproduction pour faire perdurer l'espèce (je vous passe la raison qui est donnée et qui m'a arrachée un rire nerveux)... Ainsi, les filles sont appelées à leur majorité, on leur attribue un mâle et hop hop hop...en étant consciente ou sous somnifère, ça va de soi ! Sérieusement, comment peut-on choisir une telle option dans un roman au 21ème siècle ?! C'est l'erreur que je ne pardonne pas à "Boys out !".

Autre problème de taille, l'homosexualité est tout bonnement passée sous silence, exclue de cet univers comme on balayerait une poussière gênante dont on ne sait que faire. Quant aux vagues explications données, elles ne sont que des justifications maladroites tentant de mettre un peu d'ordre dans ce monde décousu (ainsi deux femmes ne peuvent avoir un appartement ensemble car cela ferait trop penser aux mariages d'antan : heu...pardon ?!).

J'avoue que mon énervement par tant d'aberrations m'a clairement empêchée de mener ma lecture avec plaisir jusqu'à ce que je renonce à trouver une cohérence à cet univers. J'espérais que cet abandon me permettrait de me plonger dans l'histoire plus légèrement. Ce pari a été payant : j'ai lu ce livre en moins de vingt-quatre heures car, il faut reconnaître cette qualité à l'auteur, elle offre d'une écriture agréable et enchaîne les événements avec fluidité. On est captivé, les pseudo-rebondissements incongrus se succèdent (bonjour les tests de grossesse influencés par le subconscient) mais malgré tout cela on enchaîne les chapitres pour en découvrir plus, pour avoir des réponses à nos questions.

Parmi celles-ci, c'est le désir d'en apprendre davantage sur les personnages que nous croisons qui a prédominé. Lyra est présente dès la première page et même si elle m'a séduite dans un premier temps par son caractère bien trempé et son avis radical quant aux mâles, son évolution brutale vers une jeune demoiselle niaise à souhait m'a laissée sans voix. Avec Loan, elle frôle tout ce que je déteste dans une romance : le coup de foudre au premier regard, la paralysie cérébrale qui va avec, les idéaux chamboulés sans raison et pour couronner le tout la faible demoiselle dans les bras protecteur de son violeur (rien ne vous choque ?). Crédibilité de cette rapide idylle entre Lyra endoctrinée et Loan condamné ? Zéro.
Même Loan ne relève pas le niveau. Il est insipide, complètement décalé et incohérent lorsqu'il s'indigne après coup en affirmant qu'il n'est pas un criminel alors qu'il nous a prouvé le contraire auparavant. En plus de trois cents pages, je ne suis pas parvenue à le cerner et il n'a suscité en moi que du scepticisme : peut-être est-ce son air "mec parfait" qui ne collait pas, comme si la souffrance que les femmes font subir aux hommes dans son monde ne l'atteignait pas ? Même après avoir fini ce livre, je m'interroge encore sur sa sincérité, sans doute son côté théâtral m'a-t-il perdue.
Quant aux personnages secondaires, certains ont réussi à avoir cette pointe de caractère que j'admire et qui tend à me fasciner. C'est le cas de Yas, que j'ai trouvé attachante et que j'aurais aimé connaître davantage. C'est aussi et surtout celui d'Alex qu'on rencontre tardivement : malheureusement, son cas est expédié avec une rapidité déconcertante. J'ai eu la sensation désagréable qu'on m’appâtait avec du chocolat pour finalement le dévorer sous mon nez (maintenant vous connaissez tous ma faiblesse).

Cela  étant l'histoire se laisse lire, même si notre curiosité ne sera pas satisfaite : la majorité de nos interrogations ne trouveront aucune réponse. Les métaphores se dévoilent, les échos stylistiques se font ressentir tout au long du récit et c'est un bon point. Il en va de même pour les citations dont l'une prend tout son sens dans les derniers paragraphes : on ressent que cet ouvrage veut poser une véritable réflexion, intention louable mais bien trop maladroite et mal documentée.
La fin est brutale, amenée comme un cheveu sur la soupe... Habituellement, j'aime beaucoup les fins ouvertes ; pourtant celle-ci est l'exception qui confirme cette règle. Elle est amenée sans ménagement. Se concluant soudainement, la trame s'évanouit dans une hâte à finir l'histoire sans plus se soucier du lecteur. Il ne restera à ce dernier qu'à imaginer tous les éléments manquants du puzzle qu'il aurait souhaité découvrir et sur lesquels il ne pourra poser que des hypothèses. Frustrant.


Bref, vous l'aurez compris ce roman a été une déception en partie parce qu'il manque de crédibilité et ne se suffit pas à lui-même. Même si je ne suis pas parvenue à le lâcher d'un bout à l'autre car l'auteur sait conserver un rythme entraînant, je ne me suis en revanche pas attachée suffisamment à l'histoire, ni à ses personnages. Quant à la fin, elle m'a laissé un goût d'inachevé. 

Malgré tous les défauts relevés, si l'auteur venait à publier un second tome (ce qui semble prévu), je succomberai sans doute à l'envie de le lire. Cela peut paraître contradictoire avec ma chronique incisive, toutefois je pense réellement que cette dystopie inédite et française aurait gagné à être mieux travaillée, plus construite et aboutie... Ce qui, je l'espère, sera le cas dans une suite : après tout, l'auteur est jeune et nous avons tous le droit à une seconde chance !



Points positifs :
  • Un récit entraînant, addictif, soutenu par une écriture fluide
  • Un thème original

Points négatifs :
  • Une liste d'incohérences qui assassine la crédibilité de l'histoire
  • Des clichés sexistes omniprésents
  • Des personnages théâtraux, manquant d'authenticité
  • Un fin ouverte qui nous laisse sur notre faim
  • Le thème du viol traité avec une légèreté révoltante




Ouvrage lu dans le cadre des Challenges "Je t'aime moi non plus" & "Et le monde changea" 
de Mort Sûre





Marche ou crève, de Stephen King (Richard Bachman)


Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 6 décembre 2004
Public visé : adultes
Nombre de pages : 378
Prix : 7,10 euros

Quatrième de couverture :  
Stephen King sous le pseudo de Richard Bachman.
" Il m'a fallu du temps pour comprendre, mais c'est allé plus vite une fois que j'ai surmonté ce blocage mental. Marche ou crève, c'est la morale de cette histoire. Pas plus compliqué. Ce n'est pas une question de force physique, et c'est là que je me suis trompé en m'engageant . Si c'était ça, nous aurions tous une bonne chance. "
Ainsi Mc Vries définit-il l'horrible marathon auquel il participe ; marcher le plus longtemps possible, sans jamais s'arrêter, en respectant des cadences. Fautes de quoi, les concurrents de cette longue "longue marche" sont abattus d'une balle dans la tête.
Des cent concurrents au départ, il ne restera qu'un seul à l'arrivée qui aura, pour prix de son exploit, la possibilité de posséder tout ce qu'il désire. S'il désire encore quelque chose...

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Ma note : 9/10 
Coup de cœur

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Mon   avis :

L'Histoire n'est pas celle que nous connaissons : la seconde guerre mondiale a eu de graves répercussions... Dans le monde de Garraty, les Etats-Unis sont régis par un régime totalitaire et dictatorial. Chaque année, une centaine de marcheurs sont sélectionnés parmi des volontaires pour participer à "La Longue Marche". Cet événement retransmis sur les ondes dans tout le pays est un jeu sadique où la règle est simple : marcher pour espérer remporter la victoire et toutes ses promesses de vie nouvelle, ou abandonner et mourir. Garraty fait partie de ceux qui se sont engagés et qui vont devoir dépasser leurs limites physiques mais aussi mentales. C'est un voyage bien au-delà de l'asphalte qui commencent et durant lequel il apprendra beaucoup sur les Hommes et sur lui-même...

Grande amatrice des romans de Stephen King, j'essaye pourtant de garder un œil critique quant à ses écrits car, même lorsqu'on est un auteur à succès, on ne peut pas créer que des chefs d’œuvre. Publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, "Marche ou crève" s'est révélé être un bijou : un trésor malsain à la fois cruel et lucide.

Inhumain, insensible, insensé. Ce sont les trois mots qui me sont immédiatement venus à l'esprit quand j'ai fait mes premiers pas dans la Longue Marche, car oui nous aussi nous parcourons l'asphalte. Nous marchons aux côtés de Garraty, McVries, Stebbins, Baker, Barkovitch... Au début, ils nous indiffèrent, attisent notre curiosité ou nous écœurent. Telle la Foule, nous scrutons leurs faits et gestes. Puis au fil des kilomètres, nous apprenons à les connaître et nous les apprécions. De spectateur, nous devenons Marcheur. Nous partageons leurs douleurs, leurs angoisses, la peur qui les gagne et finalement cette sensation de vide immense où n'importe quelle pensée est bonne à créer un semblant de Sens à cette mascarade brutale et violente.

Sujet très actuel, "Marche ou crève" nous interroge sur le voyeurisme de plus en plus présent dans notre société et sur notre besoin de reconnaissance par nos pairs. 
Il n'est pas difficile de distinguer la métaphore de la guerre que dessine ce roman. Vous promettez un combat à des adolescents sans but, vous leur faites miroiter l'admiration de tout un peuple qui se passionnera pour vos actes, vous leur laissez presque à portée de main la gloire qui couronnera leur "bravoure" et vous tenez de cette façon la meilleure des troupes, de la poudre à canon qui se sacrifiera pour effleurer la notion de "réalisation de soi". Entre exploration de notre instinct de survie et voyage initiatique, ces gamins vivront des événements qui les marqueront, les traumatiseront mais ceux-ci leur inculqueront également des valeurs d'amitié, d'entraide, de camaraderie et leur permettront de devenir des hommes, trop tôt pour leurs faibles épaules.

La vérité est finalement terrifiante : nous lisons ce roman parce qu'il nous permet de disséquer l'être humain. Nous sommes déjà perdus, autant captivés par cette Marche morbide que les spectateurs qui s'amassent le long de cette route à l'asphalte sanglante en se délectant de la souffrance des concurrents inconscients de ce qu'ils allaient devoir affronter. Ne soyez pas choqués ! Allumer votre téléviseur à une heure de grande écoute, il y aura au moins une chaîne capable de vous proposer un nouveau concept dans lequel vous entrerez dans l'intimité de parfaits inconnus. L'absurdité qui résulte de ces programmes n'a cessé de croître et, alors que j'avançais dans ma lecture, une effrayante question a surgi au fil des pages : et si on proposait un tel show, choquerait-il notre société "moderne" et "évoluée" ? Non, il existe déjà. Il suffit de regarder les journaux télévisés qui renchérissent de violence, font la promotion des conflits et des drames quotidiens sans réellement se préoccuper des humains qui s'en trouvent brisés et de l'humanité assassinée.

Enfin, faisons preuve d'honnêteté. On ne finit pas ce roman pour savoir qui remporte la Longue Marche (si tant est qu'on puisse sortir victorieux d'une telle épreuve). On attend la conclusion avec fascination et terreur parce qu'on n'a pas le choix, parce que nous aussi nous sommes piégés et qu'on donnerait tout pour réussir à surmonter cette peur du néant, celui qui nous tend les bras pour que nous nous abandonnions à lui et qu'il efface notre existence. Parce qu'en réalité, nous ne sommes qu'un parmi tous, nous ne comptons pas.


Malgré toute la dureté de cette histoire violente et tragique de cent jeunes qui cherchent un sens à leur existence, tous les éléments sont amenés avec une subtilité qui contraste avec les scènes de mise à mort : arrêter de lutter, c'est prendre son ticket. Ce n'est finalement pas différent de notre combat quotidien... C'est ainsi que ce roman nous jette une cuisante vérité au visage : nous allons tous mourir et la seule chose qui comptera alors est le Sens de ce que nous aurons vécu...s'il y en a un.



Points positifs :
  • La patte de Stephen King et ses références
  • Des personnages authentiques et attachants
  • Des dialogues tantôt mesurés tantôt crus, mais toujours très justes
  • Une métaphore splendide

Points négatifs :
  • Le contexte est flou, de même que l'origine de la Longue Marche. Personnellement, je vois cela comme un point fort qui permet de donner une résonance universelle à ce roman mais je sais que d'autres lecteurs y verront une ellipse gênante. 
  • Un fil conducteur linéaire, même s'il est tout à fait justifié.