samedi 31 décembre 2016

Fille des cauchemars, de Kendare Blake



Éditeur : Le livre de poche
Date de parution : 16 mars 2016 (1ère édition : 2014)
Public visé : Young adult
Nombre de pages : 352
Prix : 6,90 euros

Quatrième de couverture :  
Il s'appelle Thésée Cassio Lowood. Exterminer les fantômes, c'est sa mission. Il traque, chasse, tue sans remords. Elle s'appelle Anna Korlov, « Anna à la robe de sang ». Elle extermine sans pitié ceux qui osent l'approcher. Pour lui, elle est une déesse de la mort ; pour elle, il n'est qu'une proie comme les autres. Pourtant, elle a décidé d'épargner sa vie...

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Ma note : 8/10

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Mon   avis :


A mi-chemin entre les séries Supernatural et la plus ancienne (mais non moins culte) Buffy contre les vampires, "Fille des cauchemars" nous envoie à la rencontre d'un jeune chasseur de fantômes, Cas. Dès les premières pages, nous l'accompagnons dans la traque d'un revenant pour le moins intriguant. Ici, point de fantômes sans âme uniquement présents pour faire trembler les misérables humains par des tours de passe-passe glauques : leur histoire est disséquée et c'est cet aspect qui m'a immédiatement séduite.

Cette mise en exergue de l'émotionnel des esprits dénote énormément du pragmatisme froid du narrateur. Ce contraste est d'autant plus intéressant qu'il finit presque par rendre les fantômes plus humains et touchants que Cas pourtant toujours bel et bien en vie. A travers ses yeux, nous finissons par comprendre son attitude : bien que novice, notre chasseur de fantômes compense son manque cruel d'expérience par une volonté de fer, doublée d'une quête vengeresse qui guide chacune de ses décisions. L'utilisation de la première personne dans la narration est particulièrement bienvenue car elle n'est pas qu'un effet de style, elle nous permet de mieux cerner la personnalité de Cas et tous les sacrifices qu'il consent pour mener à bien sa mission, tout en nous faisant profiter de son humour caustique. Le tout rend le personnage crédible, attachant. Malgré son caractère solitaire, n'ayez crainte d'assister à une histoire égocentriste puisqu'à ses côtés, nous découvrons toute une équipe : sa mère, sorcière férue d'herbes aromatiques, Carmel, reine du lycée, Thomas, télépathe victime, mais aussi toute une panoplie de personnages secondaires qui sont bien loin de tenir un rôle purement figuratif.

Je dois admettre toutefois avoir eu quelques sueurs froides, mais pas à cause des fantômes ! C'était davantage les lieux et personnages clichés qui faisaient leur apparition au fil des pages qui m'ont glacée, n'aurait plus que manqué le fameux bal du lycée auquel nous échappons de justesse et la boucle des éternels ressorts des ouvrages young adult aurait été bouclée... Heureusement, l'auteur a su donner une personnalité unique à chacun de ses personnages, tout en les éloignant de l'image qui leur était habituellement associée. Même s'ils auraient pu bénéficier d'une plus grande profondeur, j'ai apprécié cette attention qui nous prouve le soin apporté au traitement consciencieux de tous les protagonistes. Cet univers n'en est que plus immersif.

Bien sûr, il demeure des défauts qui ont empêché le déclenchement du coup de cœur. Parmi eux, un manque criant de fantômes : ce qui, vous l'admettrez, est un comble pour un ouvrage qui nous propose de les chasser ! De même, j'ai été agacée par quelques scènes puériles dont on aurait bien pu se passer, des clichés qui n'ont pas su être gommés, mais aussi par la certaine passivité du narrateur face aux sentiments qu'il finit par éprouver pour sa proie... Ne nous méprenons pas, j'ai été touchée par Anna, son triste passé et la violence de sa mort : cet épisode est d'ailleurs une des belles surprises de ce roman avec son réalisme et son sanglant rare dans les romans young adult. C'est avec impatience que j'attendais ses apparitions et que je brûlais d'en savoir toujours davantage sur elle, de découvrir ses réactions et de pouvoir les décrypter. J'étais aussi fascinée que Cas devant sa cruauté funèbre, son pouvoir mortel. Néanmoins, j'aurais aimé que les phases de réflexion de notre chasseur au sujet d'Anna soient plus nourries et moins redondantes, surtout quand il accepte enfin ses sentiments.

Enfin, il faut admettre que la plume de Kendare Blake permet de se laisser facilement emporter. Sa prose se lit avec facilité sans pour autant manquer de cachet. Elle l'utilise pour fonder son récit sur un rythme double, faisant se succéder les scènes d'action et les temps morts. Loin d'être de simples pauses, ces moments permettent de traiter les conséquences des actions menées, exposent les réflexions et impliquent le lecteur en nous faisant partager les craintes et les doutes de Cas. Ainsi pris dans la tourmente de la macabre révélation qui se met en place pour un final réussi, il est inconcevable de lâcher cette lecture dans les cent dernières pages.

Je n'attends désormais qu'une chose : pouvoir hanter avec délice le second tome de cette série !



Nous avons donc incontestablement un récit agréable à lire, au rythme en dents de scie mais qui sait stimuler notre intérêt et de le raviver aux moments opportuns ! En outre, il jouit d'une atmosphère teintée d'horrifique qui saura vous faire frissonner au fond de votre lit, vous plongeant dès les premières pages dans le monde fantomatique mais non moins sanglant de Cas. 

Le naturel de ce personnage, très sarcastiquement pragmatique et épousant sa destinée avec témérité, est plaisant : ce qui contribue à en faire un héros attachant. Toutefois, bien que celui-ci soit le narrateur, nous ne pouvons que féliciter la beauté cruelle d'Anna qui est, à mon sens, une véritable héroïne.  Elle est touchante, aussi bien par son passé que par sa douleur. Déesse de la mort, mais également de l'amor... Point de niaiserie dans ce premier tome de "Fille des cauchemars", l'ensemble sonne juste et son rendu harmonieux saura séduire les lecteurs désirant passer un bon moment fantastique entre Eros et Thanatos.




Points positifs :
  • Une ambiance et des descriptions sordides à vous glacer le sang. 
  • Des personnages attachants sans aucun triangle amoureux.
  • Une alternance de phases de réflexion et de rebondissements, dont ceux des cent dernières pages ne vous permettront pas de poser l'ouvrage avant de l'avoir dévoré entièrement.
  • Une fin poignante qui vous donnera envie à coup sûr de découvrir la suite !

Points négatifs :
  • Les éternelles ficelles des romans estampillés young adult...
  • Le manque d'un zeste de glauque et de réelles frayeurs pour en faire un véritable roman d'horreur.
  • Le comble : pas assez de fantômes !




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je t'aime moi non plus" de Mort Sûre







jeudi 29 décembre 2016

La maison des morts, de Sarah Pinborough


Éditeur : Milady
Date de parution : 25 octobre 2016
Public visé : young adult
Nombre de pages : 384
Prix : 16,90 euros

Quatrième de couverture :  
C'est une maison sur une île déserte où des jeunes attendent de savoir s'ils vont mourir. Arrachés à leur famille à la suite d'un diagnostic, ils vivent dans la crainte du moindre symptôme, car alors on les emmènera en pleine nuit au sanatorium d'où personne ne revient. Au dortoir 4, Toby et ses copains trompent l'angoisse comme ils peuvent, repliés sur leurs souvenirs d'avant la condamnation à mort. Jusqu'au jour où l'arrivée d'une nouvelle patiente va tout changer et redonner brusquement à Toby une raison de profiter de chaque jour et même d'espérer. Car on va tous mourir un jour ; ce qui compte, c'est comment on choisit de vivre.

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Ma note : 6,5/10

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Mon   avis :

Un diagnostic change la vie de Toby : suite à un test, il est déclaré Déficient. Il est alors conduit sur une île isolée où d'autres enfants et adolescents attendent comme lui que la maladie se déclare et les conduisent jusqu'au sanatorium, lieu inconnu d'où seules les infirmières reviennent... C'est dans cette atmosphère terne qu'une étincelle de vie fait soudain son apparition avec l'arrivée de Clara. Elle aussi est Déficiente et pourtant si différente de Toby avec ce sourire qui ne la quitte pas. Apprendre à la connaître fera naître en lui des émotions qu'il n'osait plus éprouver. Lueur d'espoir ou leçon de vie, bien des choses changeront dans la maison des morts...


"La Maison des Morts" est un roman dont je ressors avec une impression en demi-teinte. Toutefois, avant de vous partager mon ressenti, mieux vaut commencer par le commencement ! Ce qui m'a séduite au premier abord, c'est le splendide livre-objet que constitue cet ouvrage : il dispose d'une couverture cartonnée, brillante avec des reflets métallisés et d'une tranche noircie qui lui donnent un charme certain. Puis, réflexe de lectrice aguerrie, j'ai immédiatement découvert la quatrième de couverture : avec son ton intriguant, elle laissait présager une histoire sombre, flirtant avec le registre de l'horreur (et la petite mention de Stephen King ne m'a pas laissée indifférente, je dois l'admettre). Après tout, qu'attendre d'autre d'un récit qu'on vante en termes de "condamnation à mort", "sanatorium,...

Que dire si ce n'est que j'ai été prise à contre-courant ! En effet, point d'horrifique dans ce récit. Bien entendu, nous avons le droit à une atmosphère pesante et angoissante, de toute manière comment y échapper lorsque les protagonistes ont une lourde épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Atteints d'une pathologie incurable, tous ont été détectés comme Déficients et emmenés de force dans une sombre bâtisse où ils attendent la mort. Flotte dans l'air un parfum de résignation, la plupart d'entre eux ont passé le stade du doute, de l'espoir ou de la colère et, bien que cela puisse être déstabilisant pour le lecteur qui débarque dans cet univers, cette situation acceptée par tous permet de nous présenter les personnages avec simplicité.

Le souci est que cette simplicité s'apparente à un style de roman jeunesse dans la prose de l'auteur, ce qui m'a particulièrement gênée au début de ma lecture. Nous nous trouvons dans un roman "young adult", mais il n'y avait point besoin que cela ressorte tant. Dans le premier tiers du roman, cette écriture est bien trop dépourvue d'un véritable panache qui la rende unique. Les quelques séquences de fantasmes décrits dans un tout autre registre dénotent de l'ensemble et on ne sait qu'en penser. Heureusement, ce défaut disparaît au fur et à mesure que les pages s’égrainent. Je me suis interrogée : s'agissait-il d'une volonté de mettre en parallèle l'évolution du style avec la prise de conscience de Toby, le personnage principal ? Peut-être qui sait...

Par ailleurs, Toby est sans doute une des grandes forces de ce roman. Bien qu'il n'ait rien du héros traditionnel et puisse même se révéler plutôt agaçant de prime abord, il a saisi les enjeux de sa présence dans cette maison qui n'est autre que sa dernière demeure et il est de ceux qui sont résignés à leur sort. Ce renoncement peut surprendre, voire révolter le lecteur. Personnellement, je suis passée par ces deux émotions : que des enfants et adolescents puissent accepter si facilement une fin aussi cruelle, enfermés dans une demeure sordide et loin des leurs, m'a paru impensable surtout lorsqu'il n'est décrit aucun système de sécurité ni même de sanction en cas de rébellion (du moins si on exclut la rumeur d'une condamnation directe au sanatorium, et là encore un bruit de couloir calmerait-il tout un troupeau qu'on envoie à l'abattoir ?). Dans tous les cas, cette passivité ne peut qu'interpeller et là réside la savante réussite de ce récit.

Nous hurlons de tant de docilité et de froideur, puis vînt une étincelle de vie dans ce paysage de désespoir à peine voilé : un rayon de soleil prénommé Clara. Seule la mort les libérera tous de leur Déficience, Clara leur apprendra à tous que c'est le choix de continuer à vivre qui les libérera de leur destin. Sa déclaration sonne comme un message d'espoir, une lueur au bout du profond tunnel dans lequel tous s'enfonçaient sans broncher. La Maison des Morts reprend vie avec ses sourires. Son énergie est belle, j'oserais presque dire pure. Nous assistons à des renaissances malgré la faucheuse qui rôde, à des pieds de nez à cet avenir tout tracé aussi... Comme le disait parfaitement R.L. Stevenson, "l'important n'est pas la destination, c'est le voyage". Cette citation illustre à elle seule tout ce que l'histoire d'amour entre nos deux personnages principaux va offrir à nos yeux de lecteurs émotifs : celle-ci est mise en place avec tact et son évolution est très bien maîtrisée, ce qui ne la rend que plus crédible. Et croyez-moi, même lorsqu'on déteste les romances, on ne peut rester insensible devant la beauté de celle qui va les unir à la vie, à la mort...

Vous l'aurez compris, c'est finalement une leçon de vie qu'on nous propose avec ces expériences rudes mais aussi douces et frivoles. L'ambiance se détend et on a presque l'impression de voir cette foi en la vie briller dans leurs yeux tandis que les nôtres se rempliront de quelques larmes... La vie n'est pas un long fleuve tranquille, nous ne le savons que trop bien et ce roman n'est pas là pour le nier.

Je ne m'attarderai pas sur les personnages secondaires bien que certains soient touchants. C'est le cas de Will qui m'a régulièrement donné des pincements au cœur pendant ma lecture. Si jeune et innocent face à une situation qui le dépasse, je me suis laissée émouvoir. Cependant, je dois dire que j'ai été globalement déçue par les autres protagonistes gravitant autour de Toby et Clara. En effet, on retrouve beaucoup de personnalités-types : la brute, l'intellectuel, le naïf et même le fervent croyant. Un peu facile à mon goût, sans compter que ce découpage est bien trop stéréotypé pour être honnête. Quant à leur flagrant manque de volonté à en savoir plus sur leur demeure-prison, il est navrant.

Enfin, même si j'ai fait le deuil de mon histoire à frissons, j'ai un immense reproche à faire à ce roman : il manque de rythme. Point de péripéties inattendues, point non plus de révélations abominables sur ce fameux sanatorium dont on nous rabat pourtant les oreilles dès le premier chapitre. Rien. L'ensemble est finalement calme, la trame suit son cours sans accroc rendant le tout très convenu. On devine aisément les pseudo-rebondissements qui nous sont servis pour finir par devenir spectateurs d'une romance tranquille dont on devine aisément le final douloureux.



En conclusion, "La Maison des Morts" se révèle être une belle histoire d'amour, une esquisse d'un choix de vie et d'une envie de vivre aussi. Bien que l'ambiance soit oppressante au possible et qu'on dispose d'un personnage principal convaincant, j'ai éprouvé quelques difficultés à me laisser emporter dans cette demeure dont on ne sait finalement rien. Lorsqu'on est une grande curieuse comme moi, cela déplait de voir tant de mystères inexploités et de non-dits pesants. Bien sûr, la romance sauve l'ensemble avec une authenticité profonde qui fera verser une larme aux fleurs bleues.

Il faut néanmoins reconnaître que ce roman fait un pari audacieux mais réussi. Il nous rappelle avec finesse que nous sommes tous en sursis et qu'il ne tient qu'à nous de donner une saveur particulière à chaque seconde, d'en faire un instant mémorable pour lequel notre vie aura valu le coup d'être vécue. Carpe diem, voilà la grande morale de cette Maison des Morts...




Points positifs :
  • Un récit émouvant, qui saura ravir tous ceux qui sont sensibles aux douces romances...
  • Une justesse dans la progression de l'histoire et des sentiments des personnages qui est d'une beauté certaine.

Points négatifs :
  • Un style un peu trop orienté "jeunesse" au début de l'ouvrage.
  • Beaucoup trop de zones d'ombre et d'éléments inexploités, alors même que le dénouement est trop aisément devinable. 
  • Des personnages qui revêtent des personnalités-type. 
  • La fausse promesse d'horreur de la quatrième de couverture qui peut vous laisser un goût amer.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je t'aime moi non plus" de Mort Sûre







lundi 19 décembre 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°3]

Une nouvelle semaine commence et avec elle de nouveaux horizons de lecture...


Ma lecture actuelle :


"L'oiseau des neiges", de T. Rees, n'est toujours pas achevé. Pour l'instant, j'aime beaucoup son ambiance (l'époque y est pour beaucoup) même s'il présente une trame et des "rebondissements" trop prévisibles...






Mes lectures prévues cette semaine : 

Je vous en avais déjà parlé la semaine passée mais il est vrai que je n'ai finalement pas eu le temps de découvrir "Esprit d'hiver", de L. Kasischke. J'espère bien en avoir l'occasion cette semaine, dès que mes vacances auront pointé le bout de leur nez !





La semaine passée, j'ai rêvé avec : 


Je vous en ai déjà dit un mot lors de mon précédent billet et me ferait une joie d'en dire un peu plus dès lors que j'aurais le temps de vous faire un petit récapitulatif des livres à avoir chez soi à la période des fêtes !





Voici une lecture qui n'était absolument pas prévue ! C'est pour mon job que je m'y suis mise et j'avoue avoir été un peu déçue : je pense que cet ouvrage est trop peu exploité pour être considéré plus qu'une annexe à la saga principale de l'auteur, j'aurais tant aimé y voir plus d'originalité...






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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


Résultat - Challenge "Semaine à 1000"

La "Semaine à 1000" sur le forum Mort Sûre est terminée et je suis heureuse de vous annoncer que mon challege à 500 pages est atteint !

Je suis finalement parvenue à un total de 545 pages, réparties comme suit :





262/493








159/159 







124/124





J'espère trouver le temps de vous parler de mes trois lectures qui, même si elles sont très différentes les unes des autres m'ont toutes plu à des degrés divers... Petite mention spéciale à "Lettres du Père Noël" qui avec sa présentation épistolaire et sa légèreté a su me replonger en enfance. 😊


lundi 12 décembre 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°2]

Tous les compteurs sont remis à zéro !

Cette semaine a lieu la "Semaine à 1000" sur le forum Mort Sûre dont je suis membre, avec pour thème "Winter is coming". Pour ceux qui ne connaissent pas ce challenge, il s'agit de parvenir à lire 1000 pages (quel que soit le type de livres) en une semaine. Comme je fais partie des malheureux qui n'auront pas forcément l'occasion de réussir l'objectif des 1000 pages cette semaine, boulot prenant oblige, j'ai choisi de viser les 500 pages de lectures ! Rendez-vous la semaine prochaine pour savoir si le pari est réussi !



Tout d'abord, je vous présente ma lecture actuelle :

"L'oiseau des neiges", de T. Rees, a attiré mon attention lors de ma visite hebdomadaire à la librairie. Outre un beau visuel, l'histoire mystérieuse d'une jeune femme abandonnée alors qu'elle n'était encore qu'un nourrisson et qui va se lancer dans une quête d'identité dirigée par sa sœur de cœur mourante m'a intriguée. Il a donc tout naturellement fini dans ma PAL pour la "Semaine des 1000".





Mes lectures prévues cette semaine : 

Cela faisait un moment que je voulais m'essayer à un roman de L. Kasischke. C'est en cherchant à me constituer une PAL sur le thème "Winter is coming" que je suis tombée sur "Esprit d'hiver". Les huit clos m'ont toujours séduite et j'espère que l'ambiance glaciale promise dans la quatrième de couverture sera au rendez-vous pour me donner des frissons (et pas uniquement de froid !).




La semaine passée, j'ai dévoré : 

Mon voyage auprès de mes homiférés favoris s'est poursuivie par la lecture de Traqué - tome 2, d'A. Fukuda. Bien qu'il m'ait moins séduite que le tome précédent, notamment à cause d'une certaine lenteur à laquelle ne m'avait pas habituée le tome précédent durant les cent premières pages, ce récit demeure une saga très addictive et ma seule envie est désormais de rejoindre Gene et Sissi pour découvrir leur destination finale et la clôture de leur aventure que j'espère à la hauteur du bijou qu'est cette dystopie.






Voici donc pour la semaine à venir !
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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


Traqué - Tome 1, de Andrew Fukuda


Éditeur : Michel Lafon
Date de parution : 4 avril 2013
Public visé : young adult
Nombre de pages : 349
Prix : 7 euros

Quatrième de couverture :  
Gene est l’un des derniers humains sur Terre. Le seul moyen de survie pour cet adolescent : se faire passer pour l’un de ses prédateurs. Ne pas rire, ne pas transpirer, ne pas montrer qu’il est un humain, un « homiféré ». Cela fait dix-sept ans qu’il vit secrètement parmi ceux qui n’hésiteraient pas à le tuer s’ils découvraient sa véritable identité. Malgré tout, Gene est parvenu à se fondre parmi ces « autres » et à créer un semblant de vie normale. Mais sa routine est bouleversée, et sa sécurité, menacée, le jour où il est sélectionné pour participer au grand jeu : la Traque. Toutes les décennies, le gouvernement organise une immense chasse où seule une poignée de privilégiés peuvent pister, abattre et dévorer les rares humains survivants gardés en captivité pour l’événement. Formé à l’Institut pour traquer ses semblables, Gene est sur le qui-vive. Car désormais, sa vie s’organise en meute avec les chasseurs, et le moindre faux pas pourrait trahir sa condition et lui être fatal. Parviendra-t-il à maintenir l’illusion, alors que les soupçons sur sa vraie nature s’alourdissent ? Gene a la rage de vivre… mais vaut-elle le prix de son humanité ?

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Ma note : 9/10 
Coup de cœur

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Mon   avis :

Gene est un humain, non que dis-je un homiféré. Un être désirable pour son sang. Dans un monde très semblable au nôtre, des créatures ont éradiqué l'espèce humaine. Bien qu'ayant une apparence proche, nos mœurs, nos comportements et notre capacité à ressentir des émotions diffèrent en tous points. Plus que tout, ces créatures nous désirent, brûlent d'envie de nous dévorer. Seule une rigueur infaillible, apprise depuis une enfance qui n'a rien eu d'insouciante, peut permettre de survivre dans cet univers où chaque esquisse de sourire, élan irrépressible de toux ou encore léger éclat de rire peut vous coûter la vie. Gene est de ceux qui sont parvenus à se conformer à ces contraintes, à les répéter jour après jour en s'enfermant dans une existence solitaire pour éviter d'être découvert et il est peut-être le seul. Il n'a plus personne, plus rien d'autre que cette existence mensongère dans laquelle il bride ses émotions au point de perdre parfois la seule chose qu'ils ne pourront jamais lui prendre : son humanité. Alors quand Gene est sélectionné pour participer à la Grande Traque, un événement durant lequel seront chassés des homiférés élevés comme du bétail spécialement pour l'occasion, tout son stratagème se désagrège peu à peu... Deviendra-t-il le prédateur ou la proie ?




Voici une dystopie qui avait clairement titillé ma curiosité avec sa quatrième de couverture laissant présager une aventure proche d' "Hunger Games" à la sauce fantastique/science-fiction. Sans le vouloir, j'avais donc nourri des attentes importantes concernant ce roman et étonnement elles n'ont pas été déçues, bien au contraire.

Dans cette histoire, point de prélude : dès les premières pages, nous sommes plongés dans un univers inquiétant, angoissant et profondément déstabilisant gouverné par des créatures qui nous sont étrangement semblables et qui pourtant n'ont qu'un désir, boire notre sang d'homiférés puis dévorer notre corps jusqu'au dernier fragment de chair et d'os. Qui sont-elles exactement ? Aucune révélation n'est faite et, même si la comparaison avec les vampires est tentante, elle se limite à des traits généraux tels que la présence de crocs ou encore l'allergie solaire. Dans cette atmosphère pesante où le danger est omniprésent, l'auteur joue avec notre soif de connaissance : ce besoin viscéral de tout savoir de notre prédateur pour mieux l'appréhender, le maîtriser au moins par la pensée. Toutefois, même si la crédibilité de ces créatures est assurée par myriade de détails sur leur comportement, nous refermerons ce roman avec autant de questions sur leur nature que sur leur avènement sur Terre. Si vous êtes un adorateur des univers dont l'origine est clairement exposée et chaque élément disséqué, fuyez !

Pour ma part, je salue ce choix. Nommer ces créatures, ce serait les démystifier, les déposséder de cette part d'inconnu et d'innommable qui les caractérise et les rend d'autant plus dangereux. L'auteur ne commet pas cette erreur. Il nous laisse apprécier leurs penchants malsains, en décrivant leur désir sanglant avec une finesse écœurante. Rien ne nous est caché de leur bestialité qu'ils dissimulent sous une apparence banale : après tout, les pires monstres sont ceux du quotidien et ils sont le quotidien de Gene, le narrateur. A mon sens, celui-ci est d'ailleurs une des brillantes réussites de cet ouvrage.

Là où la plupart des dystopies young adult font le pari peu osé de s'appuyer sur le schéma classique de la jeune fille soumise qui va se révéler au fur et à mesure de l'intrigue pour finalement déployer ses ailes et devenir une héroïne plus ou moins indépendante (pour peu qu'une amourette futile ne nous la rende toute guimauve en cours de route), le roman "Traqué" tente une immersion en terre inconnue en nous proposant un personnage masculin, solitaire, ayant appris à survivre dans un monde qui le rejette pour ce qu'il est : un homiféré, pire un objet de consommation. La survie n'est pas seulement l'affaire de la Traque qui nous est vendue en quatrième de couverture, elle est une réalité permanente de l'existence de Gene qui a déjà perdu tous ceux qu'il aimait par la faute de ceux parmi lesquels il continue pourtant d'évoluer jour après jour. Cette pression constante qui pèse sur ses épaules adolescentes dont on comprendra peu à peu qu'elles sont bien plus frêles qu'il ne souhaite le montrer nous conduit à assister à un intéressant jeu autour des émotions. Puisque ces créatures n'en éprouvent aucune, alors Gene les imite depuis des années sans réaliser qu'il délaisse de plus en plus ce qui fait de lui leur proie : son humanité. Tantôt sarcastique, tantôt pragmatique, Gene a su me séduire malgré la certaine froideur de ses réactions. J'ai apprécié la réflexion que cette perte d'affects soulevait sur la nature même de l'être humain et ce qui le distingue finalement de la bête.

Nous nous prenons parfois à approuver les comportements du narrateur, à lui accorder notre compassion lorsqu'il nous confie des souvenirs douloureux, puis nous le réprimandons quelques lignes plus tard lorsqu'il nous semble  devenir tristement implacable, presque méprisant envers les homiférés... Si proche finalement de ses prédateurs.

Quant à son évolution et les rencontres qui la parsèment, elles sont amenées avec justesse grâce à une trame bénéficiant d'un rythme haletant, sans nul répit. Nous survivons à ses côtés, nous subissons la préparation de la Traque car oui, malheureusement, celle-ci ne se concrétisera que dans les derniers chapitres du roman. Étant le premier tome d'une saga, j'ose imaginer que celle-ci se poursuivra et que cet axe du récit sera davantage exploité dans les tomes suivants puisque c'est cet aspect qui me paraissait des plus prometteurs lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Je suis donc un peu demeurée sur ma faim (ou ma soif en l’occurrence !).


Même si quelques incohérences et conjectures faciles subsistent (notamment quant à la sélection des participants à la Grande Traque comprenant un homiféré de trop à mon goût, alors que ceux-ci sont censés être une denrée rare), elles ne viennent que légèrement ébrécher un récit qui frôle le sans faute et le coup de cœur pour la lectrice que je suis. 

Adeptes de dystopies, je ne peux que vous recommander sanguinairement cet ouvrage que je suis certaine de vous voir dévorer dans la même course effrénée que celle que j'ai partagée auprès de Gene.




Points positifs :
  • Une dystopie originale, qui parvient à déclencher notre instinct de survie en nous plongeant efficacement dans son univers inquiétant.
  • Un personnage principal intriguant, des personnages secondaires bien traités.
  • Une atmosphère pesante, angoissante, délicieusement dangereuse.
  • En filigrane, une réflexion sur la nature même de l'être humain.

Points négatifs :
  • Une promesse de traque non respectée dans ce premier tome.
  • Quelques coïncidences trop convenues et des passages peu crédibles !




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Et le monde changea" de Mort Sûre




lundi 5 décembre 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [n°1]

"C'est lundi, que lisez-vous ?" est un incontournable des blogs de chroniques littéraires et celui-ci ne dérogera pas à la règle.

Pour cette première publication, je vous propose donc de découvrir les lectures que je prévois pour la semaine à venir, mais aussi celles dont le goût savoureux est encore ancré en moi et n'attend que de vous envoûter dans de futures chroniques !


Tout d'abord, je vous présente ma lecture actuelle :

Ayant été tant séduite par le tome 1 de cette saga, je n'ai pas su patienter avant d'entamer la suite qui s'avère d'ores et déjà prometteuse...











Mes lectures prévues cette semaine : 


Quand je me lance dans des sagas, je fais rarement les choses à moitié surtout lorsqu'elles sont si prenantes. J'espère avoir le temps de commencer le tome 3 dès cette semaine afin de pouvoir boucler cette dystopie à part.









La semaine passée, j'ai dévoré : 

La Maison des Morts, de S. Pinborough, fait partie de ses lectures qui vous laissent une étrange sensation de vide lorsque vient le temps de tourner la dernière page. Bien que ce roman n'ait correspondu en rien en mes attentes initiales, il s'est finalement révélé être une très bonne surprise que j'ai eu beaucoup de mal à finir de peur de quitter trop hâtivement son atmosphère particulière. Chronique à venir dès cette semaine !


Autre excellent roman, Traqué d'A. Fukuda s'impose comme une petite perle dans l'univers en vogue des dystopies. A mon sens, il a su se démarquer de bien d'autres de mes lectures par son originalité, son rythme effréné et l'angoisse palpable qu'il a su susciter. J'espère avoir le temps de vous en parler plus en détail dès cette semaine car ce fut un coup de cœur !




Voici donc pour la semaine à venir !
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 Et vous, que lisez-vous ce lundi ?


dimanche 20 novembre 2016

Concours "Bibliothèques mystère KUBE"

Alors même que les libraires indépendants sont de plus en plus rares dans nos villes, leur initiative sous la forme d'un concours est à saluer !

Je vous invite donc à y participer en suivant le lien ci-dessous ! Qui sait peut-être serez-vous l'heureux gagnant d'une des vingt bibliothèques mystère mises en jeu...

mardi 8 novembre 2016

Boys out ! , de Rawia Arroum


Éditeur : Hachette Romans - collection "Black moon"
Date de parution : 8 octobre 2014
Public visé : young adult
Nombre de pages : 320
Prix : 16 euros

Quatrième de couverture :  
Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Lyra s’entraîne dur pour être capable d’affronter et de maîtriser les mâles qui rôdent encore. Jusqu’au jour où elle doit rencontrer un homme pour procréer à son tour…

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Ma note : 4/10

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Mon   avis :

Dans la société où a grandi Lyra, les hommes sont des êtres interdits. Leur vouant une haine viscérale pour leurs actes passés, les femmes sont éduquées dans la haine de la gente masculine pour devenir de parfaites citoyennes. Bien qu'ils soient traqués, quelques hommes continuent à se terrer dans l'espoir d'échapper au funeste destin qui les attend s'ils sont capturés et emprisonnés dans la Structure, ce lieu où ils seront attribués à des jeunes filles ayant atteint leur majorité pour assurer la seule fonction qui leur est reconnue : procréer. Jusqu'à présent, Lyra fait partie des patrouilleuses et quand elle réussit sa première capture, la fierté d'être femme l'envahit. Seulement, son anniversaire approche et avec lui sa convocation pour devenir mère à son tour...

"Boys out !" est un roman qui surprend au premier abord. On découvre une idée originale avec un contexte dystopique encore inexploité. Il me tardait donc de pénétrer dans cet univers, d'en saisir les rouages et d'explorer les failles qui conduiraient indubitablement à une remise en cause du système.

Toutefois, mon enthousiasme a été de courte durée. Tout d'abord, on nous informe que ce monde a été créé grâce à un important mouvement féministe : c'est là que le bât blesse. Féminisme est avant tout synonyme d'obtention d'une égalité entre les sexes, or ce qu'on nous sert dans cette dystopie est de l'ordre de la supériorité féminine. De la société féministe promise, il ne reste rien : nous avons affaire à un monde matriarcal empreint de mysandrie, où la femme ne peut se réaliser qu'en devenant mère, d'une fille naturellement ! Les clichés sexistes sont légion : entre les femmes obligées à porter des robes et les horribles "mâles" aux "mâchoires carrées" et aux "poils au menton", j'ai préféré en rire que d'en pleurer...

C'est avec la procréation qu'on atteint un summum qui m'a pétrifiée. On nous sert du viol. Oui, vous avez bien lu : dans cet univers où on respecte soit-disant les femmes et où on les idolâtre, c'est le viol qui est le mode de reproduction pour faire perdurer l'espèce (je vous passe la raison qui est donnée et qui m'a arrachée un rire nerveux)... Ainsi, les filles sont appelées à leur majorité, on leur attribue un mâle et hop hop hop...en étant consciente ou sous somnifère, ça va de soi ! Sérieusement, comment peut-on choisir une telle option dans un roman au 21ème siècle ?! C'est l'erreur que je ne pardonne pas à "Boys out !".

Autre problème de taille, l'homosexualité est tout bonnement passée sous silence, exclue de cet univers comme on balayerait une poussière gênante dont on ne sait que faire. Quant aux vagues explications données, elles ne sont que des justifications maladroites tentant de mettre un peu d'ordre dans ce monde décousu (ainsi deux femmes ne peuvent avoir un appartement ensemble car cela ferait trop penser aux mariages d'antan : heu...pardon ?!).

J'avoue que mon énervement par tant d'aberrations m'a clairement empêchée de mener ma lecture avec plaisir jusqu'à ce que je renonce à trouver une cohérence à cet univers. J'espérais que cet abandon me permettrait de me plonger dans l'histoire plus légèrement. Ce pari a été payant : j'ai lu ce livre en moins de vingt-quatre heures car, il faut reconnaître cette qualité à l'auteur, elle offre d'une écriture agréable et enchaîne les événements avec fluidité. On est captivé, les pseudo-rebondissements incongrus se succèdent (bonjour les tests de grossesse influencés par le subconscient) mais malgré tout cela on enchaîne les chapitres pour en découvrir plus, pour avoir des réponses à nos questions.

Parmi celles-ci, c'est le désir d'en apprendre davantage sur les personnages que nous croisons qui a prédominé. Lyra est présente dès la première page et même si elle m'a séduite dans un premier temps par son caractère bien trempé et son avis radical quant aux mâles, son évolution brutale vers une jeune demoiselle niaise à souhait m'a laissée sans voix. Avec Loan, elle frôle tout ce que je déteste dans une romance : le coup de foudre au premier regard, la paralysie cérébrale qui va avec, les idéaux chamboulés sans raison et pour couronner le tout la faible demoiselle dans les bras protecteur de son violeur (rien ne vous choque ?). Crédibilité de cette rapide idylle entre Lyra endoctrinée et Loan condamné ? Zéro.
Même Loan ne relève pas le niveau. Il est insipide, complètement décalé et incohérent lorsqu'il s'indigne après coup en affirmant qu'il n'est pas un criminel alors qu'il nous a prouvé le contraire auparavant. En plus de trois cents pages, je ne suis pas parvenue à le cerner et il n'a suscité en moi que du scepticisme : peut-être est-ce son air "mec parfait" qui ne collait pas, comme si la souffrance que les femmes font subir aux hommes dans son monde ne l'atteignait pas ? Même après avoir fini ce livre, je m'interroge encore sur sa sincérité, sans doute son côté théâtral m'a-t-il perdue.
Quant aux personnages secondaires, certains ont réussi à avoir cette pointe de caractère que j'admire et qui tend à me fasciner. C'est le cas de Yas, que j'ai trouvé attachante et que j'aurais aimé connaître davantage. C'est aussi et surtout celui d'Alex qu'on rencontre tardivement : malheureusement, son cas est expédié avec une rapidité déconcertante. J'ai eu la sensation désagréable qu'on m’appâtait avec du chocolat pour finalement le dévorer sous mon nez (maintenant vous connaissez tous ma faiblesse).

Cela  étant l'histoire se laisse lire, même si notre curiosité ne sera pas satisfaite : la majorité de nos interrogations ne trouveront aucune réponse. Les métaphores se dévoilent, les échos stylistiques se font ressentir tout au long du récit et c'est un bon point. Il en va de même pour les citations dont l'une prend tout son sens dans les derniers paragraphes : on ressent que cet ouvrage veut poser une véritable réflexion, intention louable mais bien trop maladroite et mal documentée.
La fin est brutale, amenée comme un cheveu sur la soupe... Habituellement, j'aime beaucoup les fins ouvertes ; pourtant celle-ci est l'exception qui confirme cette règle. Elle est amenée sans ménagement. Se concluant soudainement, la trame s'évanouit dans une hâte à finir l'histoire sans plus se soucier du lecteur. Il ne restera à ce dernier qu'à imaginer tous les éléments manquants du puzzle qu'il aurait souhaité découvrir et sur lesquels il ne pourra poser que des hypothèses. Frustrant.


Bref, vous l'aurez compris ce roman a été une déception en partie parce qu'il manque de crédibilité et ne se suffit pas à lui-même. Même si je ne suis pas parvenue à le lâcher d'un bout à l'autre car l'auteur sait conserver un rythme entraînant, je ne me suis en revanche pas attachée suffisamment à l'histoire, ni à ses personnages. Quant à la fin, elle m'a laissé un goût d'inachevé. 

Malgré tous les défauts relevés, si l'auteur venait à publier un second tome (ce qui semble prévu), je succomberai sans doute à l'envie de le lire. Cela peut paraître contradictoire avec ma chronique incisive, toutefois je pense réellement que cette dystopie inédite et française aurait gagné à être mieux travaillée, plus construite et aboutie... Ce qui, je l'espère, sera le cas dans une suite : après tout, l'auteur est jeune et nous avons tous le droit à une seconde chance !



Points positifs :
  • Un récit entraînant, addictif, soutenu par une écriture fluide
  • Un thème original

Points négatifs :
  • Une liste d'incohérences qui assassine la crédibilité de l'histoire
  • Des clichés sexistes omniprésents
  • Des personnages théâtraux, manquant d'authenticité
  • Un fin ouverte qui nous laisse sur notre faim
  • Le thème du viol traité avec une légèreté révoltante




Ouvrage lu dans le cadre des Challenges "Je t'aime moi non plus" & "Et le monde changea" 
de Mort Sûre





Marche ou crève, de Stephen King (Richard Bachman)


Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 6 décembre 2004
Public visé : adultes
Nombre de pages : 378
Prix : 7,10 euros

Quatrième de couverture :  
Stephen King sous le pseudo de Richard Bachman.
" Il m'a fallu du temps pour comprendre, mais c'est allé plus vite une fois que j'ai surmonté ce blocage mental. Marche ou crève, c'est la morale de cette histoire. Pas plus compliqué. Ce n'est pas une question de force physique, et c'est là que je me suis trompé en m'engageant . Si c'était ça, nous aurions tous une bonne chance. "
Ainsi Mc Vries définit-il l'horrible marathon auquel il participe ; marcher le plus longtemps possible, sans jamais s'arrêter, en respectant des cadences. Fautes de quoi, les concurrents de cette longue "longue marche" sont abattus d'une balle dans la tête.
Des cent concurrents au départ, il ne restera qu'un seul à l'arrivée qui aura, pour prix de son exploit, la possibilité de posséder tout ce qu'il désire. S'il désire encore quelque chose...

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Ma note : 9/10 
Coup de cœur

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Mon   avis :

L'Histoire n'est pas celle que nous connaissons : la seconde guerre mondiale a eu de graves répercussions... Dans le monde de Garraty, les Etats-Unis sont régis par un régime totalitaire et dictatorial. Chaque année, une centaine de marcheurs sont sélectionnés parmi des volontaires pour participer à "La Longue Marche". Cet événement retransmis sur les ondes dans tout le pays est un jeu sadique où la règle est simple : marcher pour espérer remporter la victoire et toutes ses promesses de vie nouvelle, ou abandonner et mourir. Garraty fait partie de ceux qui se sont engagés et qui vont devoir dépasser leurs limites physiques mais aussi mentales. C'est un voyage bien au-delà de l'asphalte qui commencent et durant lequel il apprendra beaucoup sur les Hommes et sur lui-même...

Grande amatrice des romans de Stephen King, j'essaye pourtant de garder un œil critique quant à ses écrits car, même lorsqu'on est un auteur à succès, on ne peut pas créer que des chefs d’œuvre. Publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, "Marche ou crève" s'est révélé être un bijou : un trésor malsain à la fois cruel et lucide.

Inhumain, insensible, insensé. Ce sont les trois mots qui me sont immédiatement venus à l'esprit quand j'ai fait mes premiers pas dans la Longue Marche, car oui nous aussi nous parcourons l'asphalte. Nous marchons aux côtés de Garraty, McVries, Stebbins, Baker, Barkovitch... Au début, ils nous indiffèrent, attisent notre curiosité ou nous écœurent. Telle la Foule, nous scrutons leurs faits et gestes. Puis au fil des kilomètres, nous apprenons à les connaître et nous les apprécions. De spectateur, nous devenons Marcheur. Nous partageons leurs douleurs, leurs angoisses, la peur qui les gagne et finalement cette sensation de vide immense où n'importe quelle pensée est bonne à créer un semblant de Sens à cette mascarade brutale et violente.

Sujet très actuel, "Marche ou crève" nous interroge sur le voyeurisme de plus en plus présent dans notre société et sur notre besoin de reconnaissance par nos pairs. 
Il n'est pas difficile de distinguer la métaphore de la guerre que dessine ce roman. Vous promettez un combat à des adolescents sans but, vous leur faites miroiter l'admiration de tout un peuple qui se passionnera pour vos actes, vous leur laissez presque à portée de main la gloire qui couronnera leur "bravoure" et vous tenez de cette façon la meilleure des troupes, de la poudre à canon qui se sacrifiera pour effleurer la notion de "réalisation de soi". Entre exploration de notre instinct de survie et voyage initiatique, ces gamins vivront des événements qui les marqueront, les traumatiseront mais ceux-ci leur inculqueront également des valeurs d'amitié, d'entraide, de camaraderie et leur permettront de devenir des hommes, trop tôt pour leurs faibles épaules.

La vérité est finalement terrifiante : nous lisons ce roman parce qu'il nous permet de disséquer l'être humain. Nous sommes déjà perdus, autant captivés par cette Marche morbide que les spectateurs qui s'amassent le long de cette route à l'asphalte sanglante en se délectant de la souffrance des concurrents inconscients de ce qu'ils allaient devoir affronter. Ne soyez pas choqués ! Allumer votre téléviseur à une heure de grande écoute, il y aura au moins une chaîne capable de vous proposer un nouveau concept dans lequel vous entrerez dans l'intimité de parfaits inconnus. L'absurdité qui résulte de ces programmes n'a cessé de croître et, alors que j'avançais dans ma lecture, une effrayante question a surgi au fil des pages : et si on proposait un tel show, choquerait-il notre société "moderne" et "évoluée" ? Non, il existe déjà. Il suffit de regarder les journaux télévisés qui renchérissent de violence, font la promotion des conflits et des drames quotidiens sans réellement se préoccuper des humains qui s'en trouvent brisés et de l'humanité assassinée.

Enfin, faisons preuve d'honnêteté. On ne finit pas ce roman pour savoir qui remporte la Longue Marche (si tant est qu'on puisse sortir victorieux d'une telle épreuve). On attend la conclusion avec fascination et terreur parce qu'on n'a pas le choix, parce que nous aussi nous sommes piégés et qu'on donnerait tout pour réussir à surmonter cette peur du néant, celui qui nous tend les bras pour que nous nous abandonnions à lui et qu'il efface notre existence. Parce qu'en réalité, nous ne sommes qu'un parmi tous, nous ne comptons pas.


Malgré toute la dureté de cette histoire violente et tragique de cent jeunes qui cherchent un sens à leur existence, tous les éléments sont amenés avec une subtilité qui contraste avec les scènes de mise à mort : arrêter de lutter, c'est prendre son ticket. Ce n'est finalement pas différent de notre combat quotidien... C'est ainsi que ce roman nous jette une cuisante vérité au visage : nous allons tous mourir et la seule chose qui comptera alors est le Sens de ce que nous aurons vécu...s'il y en a un.



Points positifs :
  • La patte de Stephen King et ses références
  • Des personnages authentiques et attachants
  • Des dialogues tantôt mesurés tantôt crus, mais toujours très justes
  • Une métaphore splendide

Points négatifs :
  • Le contexte est flou, de même que l'origine de la Longue Marche. Personnellement, je vois cela comme un point fort qui permet de donner une résonance universelle à ce roman mais je sais que d'autres lecteurs y verront une ellipse gênante. 
  • Un fil conducteur linéaire, même s'il est tout à fait justifié.